Maroc

Carlo Pesta : La danse ne connaît pas de barrières d’âge, de langue ou de cultures

Le Balletto di Milano a été accueilli par le public casablancais lors de son Grand Gala de danse, au Studio des Arts Vivants, en février dernier. La compagnie, autorisée depuis 1996 à porter le nom de Milan, compte 42 personnes, dont 28 artistes permanents, et donne environ 120 spectacles par an.


Le Balletto di Milano, reconnu pour son excellence dans la danse classique et moderne, a été chaleureusement accueilli par le public de Casablanca lors de son Grand Gala de danse, qui s’est tenu au Studio des Arts Vivants en février dernier. Cet article présente la compagnie, son projet artistique et sa relation avec le public marocain, à travers les mots de son président et directeur artistique, Carlo Pesta.

**Libé : Le Grand Gala du Ballet de Milan a rencontré un franc succès à Casablanca. Avant d’y revenir, pourriez-vous nous présenter votre compagnie ?**

**Carlo Pesta :** Le Balletto di Milano est l’une des compagnies les plus reconnues du paysage chorégraphique italien. À Milan, nous sommes l’un des principaux centres chorégraphiques, juste après la compagnie du Teatro alla Scala. Nous avons également été désignés ambassadeurs de la danse italienne à l’international, ce qui constitue un honneur et une responsabilité. Autorisée depuis 1996 à porter le nom de la grande ville de Milan, notre compagnie est universellement appréciée, attirant de talentueux artistes, ce qui nous permet de recruter des danseurs de très haut niveau. Nous recevons le soutien du ministère italien de la Culture, de la région Lombardie et de la ville de Milan, et collaborons avec des ambassades et institutions culturelles italiennes dans de nombreux pays.

**Quelle est la spécificité artistique du Ballet de Milan ? Quelle est votre signature ?**

Notre démarche se situe dans le registre néoclassique, visant à revitaliser le ballet classique en intégrant des formes d’expression contemporaines. Nous ne cherchons pas à rompre avec la tradition, mais à la faire évoluer, en intégrant d’autres formes et mouvements qui résonnent avec notre époque. Cette quête permanente fait partie de notre histoire, car nous refusons de nous figer dans une forme immuable ; nous interrogeons constamment nos autres possibilités artistiques.

**Est-ce cette approche qui explique votre succès auprès du public ?**

Je le pense. Pour un directeur artistique, c’est gratifiant d’atteindre des publics qui n’ont pas nécessairement l’habitude de la danse. Attirer de nouveaux spectateurs crée un moment de véritable émotion artistique. Dans certaines villes, le public connaît bien cet univers, mais ailleurs, constater des gens découvrant une œuvre et s’y intéressant est encore plus puissant. À Casablanca, j’étais ravi de voir autant d’enfants et de jeunes dans la salle. De nombreux adolescents avaient des yeux émerveillés.

**Effectivement, plusieurs jeunes semblaient captivés par le spectacle. La danse attire-t-elle particulièrement les jeunes ?**

Oui, souvent. La danse possède une dimension universelle, physique, qui transcende les distinctions d’âge, de langue ou de culture. Le corps en mouvement, accompagné de la musique, touche immédiatement les émotions. Cela s’applique souvent aux jeunes, mais aussi aux adultes.

**Un mot sur les danseurs qui ont émerveillé le public : comment les choisissez-vous ?**

Le choix des danseurs est essentiel pour la réussite d’une compagnie. Nous recrutons principalement dans les académies les plus prestigieuses du monde. Si la technique est incontournable, je recherche surtout des personnalités artistiques. La technique est nécessaire, mais pour donner vie à une œuvre, il faut véritablement interpréter. Dans plusieurs de nos spectacles, inspirés de chefs-d’œuvre comme Anna Karénine ou Roméo et Juliette, il est essentiel que les danseurs incarnent de véritables personnages.

**« Le public marocain a une sensibilité qui me rappelle beaucoup celle des Italiens »**

**Vous êtes un habitué des scènes marocaines. Quelle est votre perception du public marocain ?**

J’attache une grande importance au Maroc. J’y viens depuis de nombreuses années et chaque visite confirme le dynamisme et les progrès du pays. Le public marocain présente une sensibilité qui ressemble à celle des Italiens : beaucoup de spontanéité et une philosophie de vie axée sur la joie. Toutefois, il est crucial de continuer à développer l’offre culturelle. Le théâtre et la danse reposent sur un échange d’énergie entre la scène et le public. Plus il y a de spectacles, plus cette relation se renforce, contribuant à l’émergence d’une véritable culture du spectacle vivant.

**Vous avez été danseur. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos spectacles ?**

Les émotions sont différentes. Lorsque je dansais, j’étais centré sur moi-même. Aujourd’hui, ma responsabilité est plus large, elle englobe toute la compagnie et la qualité de chaque production. Chaque spectacle reste un moment intense. Je compare souvent la création d’un spectacle à une naissance.

**Votre compagnie est très active à l’international…**

Exactement, nous tournons beaucoup. La structure compte 42 personnes, dont 28 artistes permanents, et nous donnons environ 120 spectacles par an. Cette année, nous nous sommes déjà produits dans quatorze pays. Nous venons de Paris, où nous étions au théâtre Bobino avant de venir au Maroc. La tournée se poursuit ensuite en Italie, en France, en Grèce et à Malte.

**Un dernier mot pour conclure ?**

Nous sommes très heureux d’être au Maroc, où les échanges culturels que nous développons sont particulièrement fructueux, grâce à la collaboration avec la Società Dante Alighieri à l’étranger. Rappelons que l’Italie possède une tradition artistique très ancienne dans des domaines tels que la musique, l’opéra et la danse. Notre mission est de faire vivre cet héritage et de le partager avec les publics du monde entier. Partout où nous nous produisons, nous recevons un accueil chaleureux, et cela reste pour un artiste la plus belle des récompenses.

**Propos recueillis par Alain Bouithy**