CAN féminine 2026 au Maroc : le bruit médiatique face au silence officiel
Il n’y avait ni communiqué officiel de la FRMF, ni décision formelle de la CAF concernant le Maroc. Le ministère sud-africain des Sports, des Arts et de la Culture a publié un communiqué officiel affirmant que « le Maroc demeure, à ce jour, le pays hôte officiel de la CAN féminine ».
Il n’existe ni communiqué officiel de la FRMF ni décision formelle de la CAF. Pourtant, en quelques heures, l’idée d’un renoncement du Maroc à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2026 s’est répandue rapidement, générant de nombreuses interrogations à l’échelle du continent.
Tout a débuté par une déclaration publique, prononcée dimanche à Pretoria. La vice-ministre sud-africaine des Sports, des Arts et de la Culture a affirmé, de manière catégorique, que son pays accueillera la prochaine CAN féminine, qui se déroulera dans 43 jours. Elle a même fourni des détails sur le calendrier de la compétition et l’état des préparatifs. Plus surprenant encore, elle a justifié cette déclaration par un prétendu désistement du Maroc, présenté comme une décision déjà prise et irréversible.
Relayée par la radio publique sud-africaine SABC et reprise par divers médias africains et internationaux, la déclaration de Peace Mabe a rapidement eu un impact, créant l’impression que le Maroc avait retiré sa candidature à l’organisation de cet événement majeur. Toutefois, cette hypothèse défie la logique.
Comment pourrait-on envisager qu’un pays engagé depuis des années dans le développement du football féminin se retire brusquement, sans préavis, justification officielle ou même un simple communiqué institutionnel ?
Le Maroc n’est pas un hôte occasionnel. Au fil des dernières années, le Royaume a soigneusement cultivé son image d’acteur clé du football africain, avec des infrastructures modernes, une expertise organisationnelle reconnue, une stabilité institutionnelle et une volonté politique affirmée, faisant de lui un partenaire central de la Confédération africaine de football. Dans le domaine du football féminin, cet engagement est d’autant plus évident, avec des résultats sportifs concrets et une professionnalisation progressive. Rien ne laissait présager un retrait aussi inattendu et inexpliqué.
Pourtant, au moment où ces lignes sont écrites, ni la CAF ni la FRMF n’ont jugé utile de s’exprimer publiquement. Dans un contexte aussi sensible, cette absence de réaction officielle a ouvert la porte à des spéculations, des interprétations hâtives et parfois des accusations sans fondement. Certains y ont vu une confirmation tacite d’un problème organisationnel, d’autres ont évoqué des tensions internes, et les plus alarmistes ont même suggéré une crise larvée entre Rabat et l’institution continentale. La rumeur, une fois lancée, s’est alimentée d’elle-même.
Puis, la clarification est intervenue. Plus tard dans la journée, le ministère sud-africain des Sports, des Arts et de la Culture a publié un communiqué officiel signé par le ministre Gayton McKenzie. Ce texte ferme, détaillé et sans ambiguïté contredisait clairement les affirmations tôt dans la journée de Peace Mabe. Le message était clair : le Maroc demeure, à ce jour, le pays hôte officiel de la CAN féminine. Aucune décision de transfert n’a été adoptée et aucune procédure alternative n’a été lancée.
Le communiqué précisait que les propos de la vice-ministre avaient été mal interprétés et sortis de leur contexte. L’Afrique du Sud aurait simplement fait état de sa disponibilité à soutenir la CAF au cas où une solution alternative serait nécessaire, une démarche qualifiée de planification préventive, courante dans l’organisation de grandes compétitions continentales, et qui ne saurait en aucun cas être interprétée comme une confirmation de l’accueil. En d’autres termes, Pretoria aurait seulement indiqué qu’elle pourrait être une solution d’urgence, sans jamais revendiquer le statut de pays hôte officiel.
Sur le fond, cette mise au point officielle remet les événements en perspective. Toutefois, sur la forme, elle laisse néanmoins un goût amer et ne suffit pas à faire disparaître entièrement le malaise. Des questions essentielles subsistent. Comment une responsable gouvernementale de premier plan a-t-elle pu s’exprimer avec tant de certitude sur un dossier aussi important ? Comment expliquer une telle dissonance au sein d’un ministère, sur un sujet aussi sensible et médiatisé ? S’agissait-il d’une maladresse de communication, d’une anticipation excessive ou d’un reflet de discussions internes encore largement confidentielles ? Ces questions méritent d’être posées tant les mots ont un poids politique et symbolique considérable dans ce contexte.
Actuellement, une seule vérité institutionnelle est maintenue : aucun document officiel, aucune décision formelle n’indiquent que le Maroc a renoncé à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations féminine. Tout le reste relève d’une séquence de communication malheureuse, issue d’une déclaration imprudente et amplifiée par la rapidité de circulation de l’information. Tant qu’aucun démenti officiel ne viendra contredire cet état de fait, le Maroc reste pleinement et légitimement le pays hôte de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations féminine.
Il revient désormais à la CAF d’apporter une mise au point officielle. Une clarification claire, publique et sans ambiguïté est indispensable, non seulement pour rassurer les fédérations participantes et les équipes engagées, mais également pour maintenir la crédibilité d’une institution qui doit répondre à ses responsabilités.
**Mehdi Ouassat**

