Aux États-Unis, la « galère » quotidienne des ménages modestes.
Une file se forme dès l’aube devant un local de la banlieue de Washington, où une distribution alimentaire est organisée par une église protestante. Selon la principale banque alimentaire du secteur, un peu plus d’un tiers des foyers dans et autour de la capitale américaine souffraient de précarité alimentaire l’an dernier.
Dès l’aube, une file se forme devant un local situé dans la banlieue de Washington. Des travailleurs aux revenus modestes attendent l’ouverture d’une distribution alimentaire, car leurs salaires ne suffisent plus à couvrir les dépenses quotidiennes. « C’est difficile en ce moment… payer le loyer, acheter à manger », déclare à l’AFP Shirleyann Desormeaux, mère de quatre enfants. Malgré deux salaires dans le foyer, elle précise que « ça ne suffit pas ». De plus, elle a moins d’heures de travail qu’auparavant, les établissements ayant recours à ses services de cuisinière étant également en difficulté, rapporte-t-elle.
Mme Desormeaux fait partie des centaines de personnes présentes ce matin-là, sous un froid glacial, à la distribution organisée par une église protestante dans une petite zone commerciale du Maryland, dans l’est des États-Unis. Tous espèrent obtenir des denrées de base. En décembre, les prix alimentaires ont encore augmenté de 3,1 % sur un an, selon l’indice officiel CPI.
Donald Trump estime que l’inflation « n’est plus un problème ». Il se réjouit plutôt de la croissance américaine, qui a atteint +4,4 % en rythme annualisé au troisième trimestre 2025, d’après les dernières données disponibles, ainsi que des records à Wall Street et des crédits d’impôts obtenus. Cependant, de nombreux économistes mettent en garde sur le fait que la première économie mondiale évolue très différemment selon les catégories sociales.
La situation se résume ainsi : les riches deviennent de plus en plus riches, grâce à la hausse des revenus issus des investissements financiers et immobiliers, tandis que les pauvres voient leur situation se détériorer à cause d’une inflation qui érode leur pouvoir d’achat. La classe moyenne ressent également les effets de cette situation.
Dans la région autour de la capitale américaine, incluant le Maryland et la Virginie, un peu plus d’un tiers des foyers souffraient de précarité alimentaire l’année dernière, selon la principale banque alimentaire du secteur, la Capital Area Food Bank. « De plus en plus de personnes qui viennent ici ont des revenus que l’on considère généralement comme assez élevés », souligne Radha Muthiah, à la tête de l’organisation. Cela inclut des familles de quatre personnes gagnant entre 90 000 et 120 000 dollars par an, qu’elle attribue à une « inflation durablement élevée » depuis la pandémie de Covid-19. « Les gens galèrent », ajoute Mme Desormeaux.
Salih Taylor, 49 ans, gagne environ 4 200 dollars, selon les missions de sous-traitance de l’État fédéral. Père d’un enfant, il explique que ses revenus disparaissent rapidement après le paiement de son crédit immobilier et des factures. Il n’aurait jamais pensé se rendre un jour dans une banque alimentaire, mais son pasteur l’a incité à le faire. « Cela aide beaucoup », admet M. Taylor, qui prend parfois de la nourriture pour sa mère. Il limite ses sorties au restaurant et ses excursions en voiture. « Je me serre la ceinture », résume Salih Taylor en riant nerveusement.
Selon le pasteur Oliver Carter, la distribution alimentaire qu’il supervise attire de plus en plus de monde, notamment des demandeurs d’asile privés de aides alimentaires. Les subventions fédérales ont également diminué pour les organisations comme la sienne : « C’est difficile maintenant de continuer à fonctionner », constate-t-il.
À près de 200 km de là, dans le Delaware, Tricia Jones vit depuis plusieurs mois dans une chambre d’hôtel avec son mari et leur enfant de cinq ans. À cause d’une opération du dos, Mme Jones, 46 ans, a dû cesser temporairement de travailler. Rapidement, elle n’a plus pu payer son loyer. Bien qu’elle et son mari aient désormais des emplois, « la paie ne suffit pas face au coût de la vie », dit-elle à l’AFP. Sans allocations familiales ni aide au logement, elle ajoute : « C’est impossible pour nous d’assumer un loyer en plus des factures et de la garde du petit. »

