À l’horizon 2026, la gauche marocaine ne doit pas se diviser.
A l’approche des élections de 2026, la question de l’unité de la gauche marocaine s’impose avec une acuité nouvelle. Selon les données du HCP, l’augmentation du chômage des jeunes dépasse aujourd’hui 30% dans les zones urbaines.
À l’approche des élections de 2026, la question de l’unité de la gauche marocaine se fait plus pressante. Face à l’intensification des politiques libérales, à l’accroissement des inégalités sociales et à la dégradation de la confiance politique, la nécessité de reconstruire un pôle progressiste capable de défendre un projet social crédible se présente comme un enjeu essentiel pour l’équilibre démocratique du pays. Entre héritage militant, dispersion des organisations et transformations profondes de la société, la gauche doit aujourd’hui faire un choix stratégique crucial : continuer à évoluer de manière éclatée ou établir une convergence politique capable de redonner sens à l’action publique.
Il existe des moments dans la vie politique où des forces historiques doivent se réinventer. La gauche marocaine est actuellement à un tournant. La question qui se pose ne se limite plus à ses performances électorales ou à la diversité de ses organisations. Elle concerne désormais sa capacité à redevenir une force politique structurant le débat national et à proposer un projet pouvant répondre aux attentes sociales croissantes.
Les expériences politiques récentes du Portugal et de l’Espagne illustrent qu’une recomposition de la gauche est réalisable dès lors que les forces progressistes réussissent à dépasser leurs rivalités. L’histoire politique moderne du Maroc rappelle néanmoins que la gauche a joué un rôle central lors des grandes combats démocratiques. Elle a aidé à ancrer la culture des droits humains, à défendre les libertés publiques et à alimenter le débat autour de l’État social et de la justice territoriale.
Cependant, les transformations économiques et sociales des deux dernières décennies ont altéré les équilibres politiques du pays. L’augmentation du chômage des jeunes, qui dépasse actuellement 30 % dans les zones urbaines selon les données du HCP, les inégalités territoriales persistantes et les tensions autour du pouvoir d’achat ont redéfini les attentes sociétales. Dans ce contexte, la problématique ne concerne plus uniquement l’offre politique, mais également la capacité des forces progressistes à transformer les aspirations sociales en un projet politique crédible.
Le Premier secrétaire de l’Union Socialiste des Forces Populaires, Driss Lachguar, a répété à plusieurs reprises que la gauche ne peut se contenter de garder une mémoire militante. Elle doit redevenir une force d’initiative capable de lier justice sociale, développement économique et modernisation démocratique.
Comment expliquer le déclin électoral de la gauche au Maroc ? Dans les années 1990 et au début des années 2000, les forces de gauche avaient une place considérable dans les institutions élues. Lors des élections législatives de 2002, l’Union Socialiste des Forces Populaires avait obtenu près de cinquante sièges, consolidant son statut d’acteur majeur sur la scène politique nationale. Cependant, cette influence a diminué avec le temps. En 2011, le parti a remporté 39 sièges au Parlement, mais ce chiffre est tombé à 20 sièges lors des élections de 2016. En 2021, il a retrouvé une partie de son influence avec 34 sièges. De son côté, le Parti du Progrès et du Socialisme est passé de 17 sièges en 2011 à 22 sièges en 2021.
Ces évolutions traduit un profond changement du paysage politique marocain. L’essor de partis aux discours libéraux ou conservateurs, l’évolution sociologique de l’électorat et la fragmentation du champ progressiste ont modifié les équilibres politiques. Ainsi, la gauche doit faire face à un double défi : renouveler son discours et bâtir un lien durable avec les catégories sociales qui ont constitué, historiquement, sa base électorale.
Pourquoi l’unité de la gauche paraît-elle si difficile à atteindre ? Depuis plusieurs années, l’idée d’une convergence des forces de gauche réapparaît régulièrement dans le débat politique. Pourtant, malgré de nombreuses tentatives, les efforts d’unification ou de coordination durable ont souvent échoué. Les divergences stratégiques constituent l’un des principaux obstacles. Certains partis ont choisi de s’intégrer pleinement dans les institutions et la gestion des affaires publiques, tandis que d’autres privilégient une posture d’opposition plus radicale.
Plusieurs membres du Parti Socialiste Unifié (PSU) ont d’ailleurs mentionné que les forces de gauche marocaines partagent en grande partie les mêmes références démocratiques et sociales, mais rencontrent des difficultés à dépasser leurs divergences tactiques pour construire une dynamique politique commune. À ces divergences s’ajoutent les effets des scissions organisationnelles et la concurrence qui ont fragmenté le champ progressiste. De nombreuses initiatives unitaires ont été motivées par des considérations électorales à court terme plutôt que par une vision stratégique de long terme.
Les expériences ibériques peuvent-elles inspirer la gauche marocaine ? Les récentes expériences politiques du Portugal et de l’Espagne montrent qu’une reconstruction de la gauche est envisageable lorsque les forces progressistes mettent de côté leurs rivalités. Au Portugal, l’alliance conclue en 2015 entre le Parti socialiste et d’autres formations de gauche a permis de mettre en œuvre d’importantes réformes sociales, comme la revalorisation du salaire minimum et le renforcement des politiques sociales. En Espagne, la coalition formée en 2020 entre le Parti socialiste ouvrier espagnol dirigé par Pedro Sánchez et la formation Podemos a permis à la gauche de retrouver une place centrale dans la direction politique du pays. Ces expériences montrent que l’unité de la gauche ne nécessite pas nécessairement une fusion organisationnelle totale ; elle peut également prendre la forme d’une coordination politique et programmatique autour d’un projet social partagé.
Vers une convergence progressiste avant les élections de 2026 ? Dans un contexte marqué par l’intensification des tensions sociales et des défis économiques, la question d’une nouvelle dynamique de coordination entre les forces de gauche se pose avec force. Le dernier communiqué du Bureau politique de l’Union Socialiste des Forces Populaires clarifie cette orientation. Le parti affirme que sa main demeure tendue vers toutes les forces progressistes — partis, syndicats, associations de la société civile, chercheurs et intellectuels — afin d’élaborer un travail commun basé sur un programme social partagé. Une telle convergence pourrait représenter un levier significatif pour défendre l’État social, promouvoir la justice territoriale et proposer une alternative politique crédible face aux déséquilibres exacerbés par les politiques libérales mises en œuvre depuis les élections de 2021.
La gauche marocaine se trouve aujourd’hui chargée d’une responsabilité historique. Les mutations économiques et sociales en cours nécessitent plus que jamais l’émergence d’un projet progressiste apte à répondre aux attentes sociales et à renforcer l’équilibre démocratique. Le véritable défi ne réside pas seulement dans la capacité des organisations de gauche à surmonter leurs divisions, mais également dans celle de reconstruire la confiance politique et de redonner sens à l’action publique.
Les élections de 2026 pourraient constituer un tournant décisif dans ce processus. Elles pourraient offrir l’opportunité de concrétiser l’idée d’une convergence progressiste par une dynamique politique capable de redonner à la gauche sa place dans le débat national. Car au-delà des équilibres partisans, une réalité s’impose : lorsque la gauche se fragilise, c’est souvent l’équilibre démocratique qui est menacé. L’histoire politique du Maroc enseigne une vérité : chaque fois que la gauche a su surmonter ses divisions, elle a participé à l’ouverture de nouveaux horizons démocratiques pour le pays.
Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique
Secrétaire provincial de l’Union Socialiste des Forces Populaires à Tétouan

