Zaki Hannache, porte-voix d’une génération algérienne pacifique

De jeune apolitique rêvant d’immigration à citoyen engagé pour la libération des détenus d’opinion en Algérie, la vie de Zaki Hannache a « radicalement changé » après la première marche du mouvement populaire du Hirak le 22 février 2019 (voir en p. 12)

Sorti « de façon involontaire », comme par « automatisme », pour rejoindre la mobilisation inédite dans les rues d’Alger, il s’est soudain senti concerné.

« C’était la seule solution pour ne pas avoir un mort-vivant au pouvoir », dit-il, en référence à l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, grabataire, qui briguait un cinquième mandat.

À 31 ans, ce technicien en maintenance industrielle participe à sa première manifestation. Constamment « branché », il se découvre une nouvelle vocation : informer l’opinion sur les prisonniers du mouvement.

Son téléphone sonne sans arrêt. Son profil Facebook est devenu une plateforme d’information face au silence de la télévision publique et des chaînes privées proches du pouvoir.

Quotidiennement en contact avec des militants, familles de prisonniers et avocats, il récolte et vérifie les informations concernant les interpellations, les motifs d’inculpation ou encore les conditions de détention des critiques du régime.

Il a établi petit à petit une liste des détenus d’opinion et devient ainsi, au même titre que certaines ONG, une source d’information pour les journalistes, associations et avocats.

Zaki Hannache jongle avec peine entre son travail dans une entreprise publique et son engagement. « Ma famille, mes amis et même mes collègues me disent, mais jusqu’à quand allons-nous avoir peur ? »

Si près de 40 prisonniers d’opinion ont été libérés à la veille du 2e anniversaire du soulèvement populaire, à la suite d’une grâce présidentielle, une trentaine d’autres sont toujours derrière les barreaux pour des faits liés au Hirak et/ou aux libertés individuelles, selon le jeune militant.

Devenu porte-voix d’une génération pacifique, qui a dépassé ses peurs face à l’engagement,

il en sort grandi, avec un apprentissage politique et civique, et déterminé à bâtir l’Algérie de demain et à renverser la vieille garde au pouvoir.