Visite de Pelosi: Pékin annonce des sanctions commerciales contre l’île

Le déplacement de Mme Pelosi, plus importante élue américaine à se rendre à Taipei en 25 ans, a déclenché la colère des autorités chinoises.

Elles ont réagi en condamnant sa venue et en lançant des exercices militaires autour de l’île, qu’elles considèrent comme partie intégrante de la Chine.

A ces réactions s’ajoutent désormais des sanctions commerciales: l’administration chinoise des douanes a décidé mercredi de suspendre l’importation des agrumes et de certains poissons de Taïwan.

Elle affirme avoir détecté « de façon répétée » un type de cochenille nuisible sur les agrumes et y avoir enregistré des taux excessifs de pesticides. Des emballages contenant deux types de poissons ont également été testés positifs au coronavirus, a-t-elle assuré.

De son côté, le ministère du Commerce a annoncé « suspendre l’exportation de sable naturel vers Taïwan » à partir de mercredi, sans donner d’explications.

Le sable naturel est généralement utilisé pour fabriquer du béton et de l’asphalte, et Taïwan dépend majoritairement de la Chine pour s’en fournir.

Ce n’est pas la première fois que Pékin cible ainsi les échanges commerciaux avec d’autres pays ou avec Taïwan.

C’est « un schéma classique pour Pékin », note Even Pay, analyste spécialisée en agriculture au cabinet Trivium China.

« Quand les tensions diplomatiques et commerciales sont élevées, les régulateurs chinois adoptent généralement une attitude extrêmement stricte en termes de respect des règles (…) en cherchant tout motif justifiant une interdiction commerciale », ajoute-t-elle.

En mars 2021, la Chine avait interdit les importations d’ananas de l’île, affirmant y avoir découvert des parasites, une mesure alors interprétée comme une sanction politique.

Le Conseil taïwanais de l’Agriculture a également indiqué mardi que la Chine avait invoqué des infractions à la réglementation pour suspendre l’importation de différentes marchandises de l’île comme des produits de la pêche, du thé et du miel.

Les autorités chinoises font monter la pression sur Taïwan depuis l’arrivée au pouvoir en 2016 de l’actuelle présidente Tsai Ing-wen, issue d’un parti pro-indépendance.

La Chine est le premier partenaire commercial de Taïwan, avec des échanges qui ont grimpé en 2021 de 26%, à 328 milliards de dollars.

Taïwan « ne reculera pas » face à la menace militaire de la Chine

Les exercices militaires chinois annoncés en représailles à la visite à Taïwan de la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi violent les eaux territoriales taïwanaises, a affirmé mercredi le ministère de la Défense de l’île.

« Certaines des zones des manœuvres de la Chine empiètent sur (…) les eaux territoriales de Taïwan », a déclaré le porte-parole du ministère taïwanais de la Défense Sun Li-fang lors d’une conférence de presse. « Il s’agit d’un acte irrationnel visant à défier l’ordre international », a-t-il ajouté.

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen a par ailleurs déclaré mercredi que Taïwan « ne reculera pas » face à la menace militaire de la Chine.

Séoul appelle au calme

La Corée du Sud a appelé mercredi au dialogue pour maintenir la paix et la stabilité dans la région, où les tensions montent entre les États-Unis et la Chine en raison de la visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi à Taïwan. « La position de notre gouvernement est de maintenir une communication étroite avec les parties concernées […] considérant l’importance de la paix et de la stabilité dans la région par le dialogue et la coopération », a déclaré un responsable du bureau présidentiel à la presse.

Mme Pelosi doit se rendre à Séoul mercredi en fin de journée dans le cadre de sa tournée asiatique, qui a jusqu’à présent été dominée par son arrivée à Taipei mardi soir, à laquelle Pékin à promptement réagi en annonçant des manœuvres militaires d’envergure.

Peu de détails ont été divulgués sur le programme de Mme Pelosi à Séoul. La seule rencontre confirmée en Corée du Sud jusqu’à présent est celle avec le président de l’Assemblée nationale, Kim Jin-pyo, jeudi.

« Nous nous félicitons de la visite de Mme Pelosi en Corée », a déclaré le responsable du bureau présidentiel, ajoutant espérer « de nombreux résultats ».

Le président Yoon Suk-yeol ne rencontrera pas Mme Pelosi car il est actuellement en vacances, a ajouté le responsable.