Une touriste, deux policiers: le procès en appel du viol du « 36 » commence en France

En janvier 2019 en première instance à Paris, Antoine Quirin, 43 ans, et Nicolas Redouane, 52 ans, avaient été condamnés à sept ans de prison, après avoir été reconnus coupables du viol en réunion d’Emily Spanton, aujourd’hui âgée de 42 ans.

Les deux anciens membres de la prestigieuse Brigade de recherche et d’intervention (BRI), qui contestent les faits qui leur sont reprochés, avaient immédiatement fait appel.

Ce procès en appel a déjà été renvoyé deux fois: en mars 2020, à cause de la pandémie de coronavirus, puis en juin 2021 à la suite de l’hospitalisation d’un avocat de la défense, Me Thierry Herzog.

La plaignante, venue les deux fois du Canada, sera encore une fois présente mardi pour les débats.

« M. Redouane espère avec force prouver son innocence devant la cour d’assises. Cette histoire a anéanti tant sa vie professionnelle que sa vie personnelle », a déclaré à l’AFP Me Pascal Garbarini, l’un des avocats de la défense.

Les faits, qui avaient nourri les gros titres de la presse, remontent à la nuit du 22 avril 2014.

Ce mardi soir, Emily Spanton, une touriste canadienne de passage à Paris, est venue boire des verres dans un pub irlandais du quartier Saint-Michel, en face du siège de la police judiciaire parisienne aujourd’hui relocalisé à côté du tribunal judiciaire des Batignolles (XVIIe arrondissement).

Dans ce bar, elle fait la rencontre de plusieurs policiers de la BRI. L’ambiance est au flirt et les agents lui proposent une visite nocturne du célèbre « 36 ».

« Dépositions fantaisistes »

« J’étais ivre, je savais que je n’étais pas en mesure de retrouver mon hôtel. Je me suis dit qu’au moins, dans un commissariat, je ne pourrais pas boire à nouveau et que je rentrerais une fois sobre », avait-elle expliqué à la cour en première instance. « Je me suis dit que j’y serais en sécurité ».

Elle ressortira du QG de la PJ plus d’une heure plus tard, en état de choc, pour dénoncer un viol.

La touriste affirme que, dans un bureau du « 36 », les accusés l’auraient forcée à boire un verre de whisky et lui auraient imposé fellations et pénétrations vaginales.

L’un des accusés, Nicolas Redouane, a reconnu une fellation de la plaignante, mais assuré qu’elle était consentante. Pendant la soirée, il a envoyé un texto à un collègue pour l’inviter à le rejoindre: « c’est une touseuse (partouzeuse, ndlr). Dépêche ».

L’ADN de l’autre policier, Antoine Quirin, a été retrouvé à l’intérieur du vagin d’Emily Spanton. Il a parlé d’une pénétration digitale consentie.

En première instance, la cour d’assises de Paris avait notamment motivé sa condamnation par « les déclarations constantes de la jeune femme », fustigeant à l’inverse les « dépositions évolutives, fantaisistes et peu crédibles » des accusés.

Les policiers ont « agi comme des soudards », avait dénoncé à l’audience l’avocat général Philippe Courroye. « Ce soir-là, ils n’étaient pas la police mais des usurpateurs indignes de brassards et ils se sont comportés comme ceux qu’ils pourchassent ».

Les deux hommes encourent une peine maximale de vingt ans de prison. Le verdict sera rendu le 22 avril.