« Un Français bloqué à Doha raconte son quotidien dans une ‘prison de luxe’ »
Rachid est bloqué depuis une semaine dans un hôtel à Doha (Qatar) en raison de la guerre qui secoue le Moyen-Orient. Il a découvert le samedi 28 février que son vol vers la Malaisie avait été annulé pour des raisons techniques.
Il aurait dû profiter d’un séjour paisible en Malaisie avec un ami pendant deux semaines. Cependant, Rachid se retrouve bloqué depuis une semaine dans un hôtel à Doha, au Qatar, à cause de la guerre qui touche le Moyen-Orient. « J’avoue que j’ai fait un trait sur mes vacances », confie-t-il, préférant en rire.
Ses problèmes ont commencé le vendredi 27 février au soir, juste avant les premières frappes d’Israël et des États-Unis sur l’Iran, lorsque l’espace aérien n’était pas encore fermé. « J’avais embarqué dans un avion de Qatar Airways avec une escale de deux heures à Doha avant de prendre un vol de Malaysia Airlines pour rejoindre Kuala Lumpur », raconte cet habitant de Paris âgé de 45 ans.
**Séries, piscine et salle de sport pour s’occuper**
À son arrivée à Doha, la situation dérape : son vol vers la Malaisie est annulé pour des raisons techniques. Il se rend donc à l’hôtel, où il croyait ne passer qu’une seule nuit avant de partir en vacances. Cependant, tôt le samedi 28 février, il découvre le chaos qui s’installe au Moyen-Orient et reçoit des alertes des autorités qataries sur son téléphone, accompagnées de fortes explosions résonnant dans le ciel de Doha. « Tout le monde était effrayé au début, mais il n’y a pas eu de panique à l’hôtel », décrit-il, « habitué » désormais aux détonations qui continuent de se faire entendre lors de notre conversation.
Depuis une semaine, il se retrouve donc confiné dans cet hôtel, qu’il qualifie de « prison de luxe ». C’est une sorte de tour de Babel avec des touristes de toutes nationalités en transit. « On s’est créé un petit réseau de Français avec qui on sympathise et on partage les informations », explique-t-il. Dans cet hôtel, entièrement pris en charge par le Qatar, les journées passent tout de même lentement. « Je ne fais pas grand-chose, je regarde des séries, je profite de la piscine et de la salle de sport », ajoute Rachid.
**« L’ambassade répond mais n’a aucune info »**
Avec ses compagnons d’infortune, le quadragénaire s’aventure parfois à ignorer les recommandations des autorités pour faire un peu de tourisme, visitant le souk et les centres commerciaux. « Les musées sont fermés et comme c’est le Ramadan, les rues sont désertes », rapporte-t-il. Pendant le reste du temps, Rachid tente de joindre l’ambassade, qui « répond mais n’a aucune information ». « On entend parler de rapatriement, mais pour l’instant, rien n’est clair », précise-t-il, s’étant inscrit, comme presque tous les Français bloqués, au fil Ariane.
Célibataire et sans enfants, il comprend qu’il ne sera pas prioritaire. « Je pense que je serai le dernier à partir, sourit-il. Mais je le comprends, il y a par exemple dans l’hôtel une femme qui est enceinte. » Dans cette situation étrange et angoissante, Rachid essaie de faire preuve de patience. « Je ne peux rien faire de toute façon, assure-t-il. Mais j’ai envie de rentrer le plus vite possible à Paris. Et tant pis pour la Malaisie. »

