Tunisie: arrestation de l’un des hommes forts du parti islamiste Ennahdha

« Des agents en civil qui étaient à bord de deux voitures ont arrêté Noureddine Bhiri alors qu’il sortait avec sa femme de son domicile, à El Manar », quartier de Tunis, a indiqué à l’AFP l’avocat Samir Dilou, député démissionnaire d’Ennahdha.

Selon la même source, M. Bhiri, figure puissante au sein de ce mouvement, a été « arrêté brutalement et emmené vers une destination inconnue » par les agents en civil qui se sont aussi emparés du portable de son épouse Saïda Akremi, avocate de profession.

Aucune source officielle n’était disponible pour donner des détails sur les motifs de cette arrestation.

Dans un communiqué, Ennahdha a confirmé l’interpellation de M. Bhiri, également ancien ministre de la Justice, dénonçant « un kidnapping et un dangereux précédent qui marque l’entrée du pays dans le tunnel de la dictature ».

« M. Bhiri a été enlevé et agressé violemment devant ses voisins et son épouse (…), nous ignorons encore où il a été emmené », a déploré auprès de la presse Zeineb Brahmi, responsable juridique d’Ennahdha.

La même source a indiqué que les parquets civil et militaire avaient assuré à la formation politique qu’ils n’avaient donné aucune instruction pour l’arrestation de M. Bhiri.

« Lors de son enlèvement, les agents en civil ont dit qu’ils appliquaient des instructions », a ajouté Mme Brahmi.

Le président « Kais Saied et le ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine assument la responsabilité de ce qui s’est passé », a déclaré lors d’une conférence de presse à Tunis, Mohamed Goumani, responsable au sein d’Ennahdha.

Déplorant des « intimidations pour faire peur » aux personnes qui s’opposent au coup de force de M. Saied, il a assuré que son parti fera « face avec tous les outils politiques disponibles ».

Sans commenter cette arrestation, la présidence de la République a annoncé vendredi sur sa page officielle une grâce présidentielle en faveur de plus de 1.300 détenus à l’occasion du Nouvel An.

Ennahdha est au cœur d’un bras de fer avec le président Kais Saied depuis son coup de force du 25 juillet et sa décision de suspendre le Parlement que ce parti contrôlait depuis une dizaine d’années.

Dans son communiqué, Ennahdha a dénoncé « la liquidation des opposants en dehors du cadre de la loi ».

Plusieurs politiques et opposants ont dénoncé un « coup d’État », mettant en garde contre une volonté du président Saied de régler ses comptes avec ceux qu’ils désignent dans ses discours par le terme d' »ennemis », sans jamais les citer nommément.

Le 22 décembre, l’ancien président Moncef Marzouki, critique farouche de M. Saied vivant en France, a été condamné par contumace à quatre ans de prison pour avoir « porté atteinte à la sûreté de l’État à l’étranger » après avoir critiqué publiquement le pouvoir tunisien depuis Paris.