Trump prêt à accueillir des migrants sur la base du « mérite »

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Dur envers les clandestins, accueillant pour les étrangers qualifiés: le président américain Donald Trump présente jeudi une nouvelle politique migratoire censée rassurer les milieux économiques mais qui a peu de chances d’être votée au Congrès.

Le milliardaire républicain, qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale un marqueur de sa présidence, a élaboré ce nouveau plan avec son gendre et conseiller Jared Kushner. Il doit le présenter à 14H30 (18H30 GMT) à la Maison Blanche.

Il vise à « moderniser notre système d’immigration légale resté inchangé depuis des décennies », a expliqué la porte-parole de la présidence Sarah Sanders sur la chaîne Fox.

« Nous voulons aller vers un système basé sur le mérite », a-t-elle ajouté, en favorisant l’arrivée de travailleurs qualifiés susceptibles de contribuer à la croissance des Etats-Unis. « L’économie est en plein boom, on a besoin de main d’oeuvre », a-t-elle poursuivi.

Selon le Washington Post, la nouvelle politique permettra de prendre davantage en compte la qualification, l’âge ou le secteur d’activité des demandeurs de « cartes vertes », les fameux permis de résident permanent, au détriment des critères de regroupement familial.

Le nombre de « green cards » restera inchangé, à environ un million, ce qui ne devrait pas plaire à une partie des républicains qui militent pour fermer davantage les frontières américaines.

La nouvelle politique risque également de déplaire à l’opposition démocrate parce qu’elle ne contient pas, selon les éléments ayant fuité dans les médias, de disposition pour les « Dreamers », ces jeunes arrivés illégalement avant l’âge de 16 ans aux Etats-Unis.

Son adoption au Congrès paraît donc délicate.

« Malentendu » 

« Au regard des controverses actuelles sur l’immigration, il est peu probable que le Congrès adopte une réforme cette année, surtout avec l’élection présidentielle de 2020 en vue », a souligné le professeur de droit de l’immigration Stephen Yale-Loehr.

Mais l’enjeu est peut-être ailleurs.

La politique migratoire de Donald Trump a régulièrement été dénoncée par les milieux d’affaires, notamment la Silicon Valley, qui emploie des milliers d’ingénieurs étrangers, ou les agriculteurs dépendant d’une main d’oeuvre saisonnière bon marché.

En 2017, les patrons d’Apple, Microsoft, Google, Facebook, Airbnb ou encore Netflix, avaient jugé « contraires aux valeurs américaines » des mesures interdisant l’entrée aux Etats-Unis à des ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

« Il y a eu au moins un grand malentendu: le président veut que les gens viennent dans notre pays », a toutefois assuré Sarah Sanders. « Il veut qu’ils viennent légalement et facilement pour stimuler notre main-d’oeuvre et la croissance de l’Amérique. »

Pas question pour autant de renoncer aux mesures répressives à la frontière, au coeur du message présidentiel. « Il y a une vraie crise à la frontière », a-t-elle encore martelé jeudi.

« Invasion » 

Le président Trump ne cesse de dénoncer « une invasion » de migrants illégaux, qui selon lui comptent en leur sein de nombreux trafiquants de drogues et criminels. Pour les bloquer, il veut ériger un mur entre le Mexique et les Etats-Unis.

Le refus des démocrates de financer cette construction l’a poussé à déclarer une « urgence » à la frontière, ce qui lui permet de puiser dans les budgets militaires.

Selon les chiffres officiels, plus de 100.000 migrants ont été interpellés après avoir traversé illégalement la frontière depuis le Mexique en avril, un seuil symbolique dépassé pour le deuxième mois consécutif.

Ces flux, importants, ont déjà été enregistrés dans le passé, mais ils comptent aujourd’hui beaucoup plus de familles et de mineurs non accompagnés, quasi tous originaires du Guatemala, Honduras et Salvador.

Fuyant la violence des gangs et la misère dans ces pays d’Amérique centrale, ils déposent généralement une demande d’asile à leur arrivée, et ne peuvent pas être expulsés avant qu’un juge se prononce sur leur requête. La plupart sont remis en liberté pendant l’examen de leur dossier.

Donald Trump fustige ce système qui, selon lui, leur permet de disparaître. Lundi, il a encore dénoncé sur Twitter des lois « laxistes, inefficaces et dangereuses ». Selon les médias américains, le plan qui doit être divulgué jeudi ne porte toutefois pas sur ce sujet.