Triste record en Grèce : près de 100.000 hectares brûlés en deux semaines

Le Premier ministre Kyriakos Mistotakis a parlé d' »une catastrophe naturelle d’une ampleur exceptionnelle », après les 586 incendies qui ont ravagé en quelques jours plusieurs régions « aux quatre coins de Grèce ».

En 14 jours de feux de forêt fulgurants, plus de 93.600 hectares sont partis en fumée dans ce pays méditerranéen frappé début août par une canicule exceptionnelle, selon les calculs effectués par l’AFP à partir des données de l’EFFIS du 29 juillet au 11 août.

En moyenne, sur la même période entre 2008 et 2020, quelque 2.330 hectares avaient brûlé.

« Les feux qui sévissent en ce moment sont très destructeurs et ont un niveau d’intensité très inhabituel », a expliqué à l’AFP Mark Parrington, scientifique de Copernicus, le service européen sur le changement climatique, dont fait partie l’EFFIS.

La barre symbolique des 100.000 hectares brûlés en Grèce devrait être atteinte jeudi ou vendredi, alors que les incendies continuaient mercredi à faire rage dans le Péloponnèse et sur l’île d’Eubée, respectivement dans l’ouest et dans l’est du pays.

Comptant pour plus de la moitié des zones brûlées, l’île d’Eubée, la deuxième plus grande de Grèce, porte le plus lourd tribut.

Ses pinèdes épaisses, toujours en proie aux flammes mercredi, ont été en grande partie réduites en cendres dans la partie nord de l’île.

« D’une certaine manière, ces feux étaient prévisibles en raison de la saison très sèche », a déclaré à l’AFP Charalampos Kontoes, directeur de recherche à l’Observatoire national d’Athènes.

« Mais je peux dire qu’en Grèce, nous n’avons jamais eu d’aussi gros incendies. Nous avons (toujours) des feux pendant la saison chaude mais pas de cette taille », a-t-il commenté.

« Conséquences sur l’économie » 

Au 11 août, 110.000 hectares étaient partis en fumée depuis le début de l’année, dont plus de 90% ces deux dernières semaines, contre 9.188 en moyenne sur la période de 2008 à 2020, selon les derniers chiffres de l’EFFIS.

« Nos données démontrent que nous n’avons pas eu de feux aussi intenses depuis août 2007 », a ajouté Mark Parrington de Copernicus.

Plus de 250.000 hectares de forêts, d’oliveraies et de pinèdes avaient été carbonisées en août 2007 dans de violents incendies qui avaient fait 77 morts.

Début août, la Grèce a été frappée par « la pire canicule » en trois décennies, selon son Premier ministre. Pendant une semaine, le mercure a atteint 45 degrés en plusieurs endroits du pays et flirté avec les 43 degrés dans la capitale.

Les experts relient sans équivoque cette vague caniculaire au changement climatique. Un rapport préliminaire de l’ONU, auquel l’AFP a eu accès, qualifie le pourtour méditerranéen de « point chaud du changement climatique ».

« Le lien entre le climat et les feux de forêt est cruellement établi en Europe méditerranéenne », a estimé Matthew Jones, expert en changement climatique à l’Université East Anglia. Depuis les années 1980, le nombre de jours où la météo favorise les feux de forêt y « a presque doublé ».

Sous l’effet d’une vague de chaleur exceptionnelle, les incendies de Grèce ont non seulement ravagé des forêts « mais aussi des zones d’agriculture, des zones d’agroforesterie », a ajouté M. Kontoes, prévoyant « des conséquences sur l’économie » grecque.

Car la terre, autrefois fertile et cultivable, mettra « des années à se régénérer », prévoit le responsable de l’Observatoire d’Athènes.

Les prévisions de l’EFFIS suggèrent qu’en Grèce, « les feux de forêt persisteront tant qu’il n’y aura pas de pluies significatives », au moins jusqu’au 17 août, a ajouté Thomas Smith, professeur de géographie à la London School of Economics.

Selon lui, « il est probable que la situation s’aggrave avant de s’améliorer ».