Soupçons d’emplois fictifs : le procès Fillon renvoyé à mercredi

Le procès de l’ancien Premier ministre français François Fillon, de son épouse Penelope, et de son ancien suppléant à l’Assemblée nationale, Marc Joulaud, pour une affaire de soupçons d’emplois fictifs, a été renvoyé dès son ouverture, à mercredi, en raison d’une grève des avocats.

Les époux Fillon sont arrivés peu après 13h00 au tribunal sous une nuée de caméras, sans faire de déclaration. Accompagnés de Marc Joulaud, tous sont rapidement repartis puisque le tribunal de Paris a accepté la demande de renvoi formulée par la défense en soutien à la grève des avocats contre la réforme de leur régime autonome de retraite. Ceux-ci ont d’ailleurs bloqué le tribunal plusieurs heures lundi matin. 

Le procès reprendra à 13h30 mercredi. Les trois prévenus encourent dix ans d’emprisonnement, de lourdes amendes et des peines d’inéligibilité. Leurs avocats plaideront la relaxe.

Une affaire qui avait torpillé la campagne présidentielle de François Fillon

Le procès s’annonce aussi retentissant que fut la chute du candidat de la droite, chantre de l’intégrité auquel l’Elysée semblait promis, finalement éliminé au soir du premier tour. François Fillon, 65 ans, a quitté la politique sur son échec cuisant, le 23 avril 2017. Reconverti dans la finance, il assure que « les preuves » de la réalité du travail de son épouse « seront apportées durant le procès ».

La justice s’était saisie le jour même des premières révélations publiées le 25 janvier 2017 dans l’hebdomadaire Le Canard enchaîné. Les juges d’instruction, qui ont enquêté pendant plus de deux ans, ont acquis la conviction que Penelope Fillon, 64 ans, avait bénéficié d’emplois « fictifs » d’assistante parlementaire auprès de son mari député et de son suppléant dans la Sarthe (département du centre-ouest), Marc Joulaud. Une partie des accusations de détournement de fonds publics, complicité ou recel, qui remontent à 1981, sont prescrites. Sur la seule période 1998-2013, plus d’un million d’euros d’argent public ont été « détournés », estiment les enquêteurs.

Les Fillon sont également poursuivis pour recel et complicité d’abus de biens sociaux, pour l’emploi de « conseiller littéraire » obtenu par Mme Fillon à la Revue des deux mondes de Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon, payé 135.000 euros entre 2012 et 2013. Un emploi « de pure complaisance, sans contrepartie réelle » selon l’accusation, pour lequel le milliardaire a été condamné pour abus de biens sociaux au terme d’une procédure distincte de « plaider-coupable ».

Depuis le début de l’affaire, François Fillon a constamment défendu le travail de sa discrète épouse, sa « première et plus importante collaboratrice » dans la Sarthe, dénonçant une enquête « à charge ». La pratique des emplois familiaux, interdite dans le sillage du « Penelopegate », était alors légale et répandue. Mais les enquêteurs lancés sur la piste des emplois de Mme Fillon n’ont guère trouvé de témoignages ou d’archives démontrant qu’elle avait réellement travaillé.

Ils n’ont pas davantage été convaincus par les nombreuses pièces versées par la défense afin d’attester du travail accompli: des documents « destinés à faire masse », qui ne « démontrent rien », ont-ils estimé. Pour eux, les activités de Penelope Fillon auprès de son député de mari n’allaient pas au-delà du « rôle social joué de manière assez traditionnelle par les conjoints d’hommes ou femmes politiques ». Et le travail de Mme Fillon auprès de Marc Joulaud entre 2002 et 2007 avait « moins de consistance encore ».

Les avocats du couple Fillon et de Marc Joulaud, devraient notamment insister sur les spécificités du travail d’assistant parlementaire, qui peut recouvrir des réalités très différentes d’un député à l’autre. Les époux Fillon se voient aussi reprocher des « emplois de complaisance » accordés à deux de leurs enfants lorsque François Fillon était sénateur, et M. Fillon la non-déclaration d’un prêt de M. Lacharrière. Seule partie civile au procès, l’Assemblée nationale demande « le remboursement des sommes versées au titre de rémunérations, si jamais la juridiction considère que l’emploi est fictif », selon son avocat Yves Claisse. Soit, le cas échéant, plus d’un million d’euros de dommages et intérêts.