Sommet des Brics au Brésil : ménager Xi sans perdre Trump

Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, peu rompu à la diplomatie, va devoir se surpasser.

Le sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui s’ouvre ce jeudi à Brasilia sera le premier grand test diplomatique à domicile du président brésilien Jair Bolsonaro, peu rompu aux rendez-vous internationaux mais soucieux d’entretenir les relations commerciales avec Pékin sans froisser son allié Washington.

Le président d’extrême droite reçoit des poids lourds de la scène internationale, ses homologues Xi Jinping, Vladimir Poutine, Cyril Ramaphosa, ainsi que le Premier ministre indien Narendra Modi, pour ce sommet des grands pays émergents.

C’est surtout sa rencontre bilatérale avec Xi Jinping, à qui il a rendu visite il y a trois semaines à Pékin, qui représente un exercice délicat, en pleine guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis.

Pékin plus important que Washington

Fervent admirateur du président américain Donald Trump, avec qui il partage l’aversion du multilatéralisme et des idées de gauche, M. Bolsonaro doit cependant ménager le géant asiatique, premier partenaire commercial du Brésil. L’an dernier, alors qu’il n’était qu’un simple député en campagne pour la présidentielle, il s’était attiré les foudres de Pékin en accusant la Chine d’ »acheter le Brésil » et sa visite à Taiwan avait été vue comme une provocation.

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier, son équipe diplomatique a tout fait pour rectifier le tir, afin d’éviter de plomber les secteurs miniers et agricoles qui dépendent de la Chine pour acheter leur fer, leur viande et leur soja.

« Il y a une forte allégeance envers Trump, mais Bolsonaro veut rester ouvert à la Chine pour ce qui est de la coopération économique, du commerce et des investissements« , explique Luis Fernandes, du centre d’études sur les Brics de Rio de Janeiro. Lors de sa visite à Pékin en octobre, le président brésilien a montré à quel point les liens économiques avec la Chine étaient importants pour lui en la qualifiant de « pays capitaliste« , même si elle est sous régime communiste depuis 70 ans.

« L’avenir du Brésil dépend bien plus de la Chine que des États-Unis », estime Oliver Stuenkel, professeur des relations internationales à la Fondation Getulio Vargas. « Et les Chinois savent qu’ils vont dépendre du Brésil non seulement demain ou dans cinq ans, mais aussi dans 50 ans, parce qu’ils n’ont pas de quoi nourrir leur population. Pour la Chine, c’est une relation stratégique à long terme », poursuit-il.

Les Brics en question

Quant au bloc des Brics lui-même, les fortes disparités économiques entre ses membres et leurs différends sur le réchauffement de la planète ou la crise vénézuélienne ont remis en cause sa pertinence et sa cohérence. L’agence S&P Global Ratings a affirmé le mois dernier que les Brics « pourraient ne plus avoir de sens ». Mais Oliver Stuenkel estime que le groupe joue un rôle important pour Pékin et Moscou. « Les Chinois pensent qu’il s’agit du pilier d’un ordre mondial plus centré sur la Chine. Pour les Russes, c’est très utile pour montrer qu’ils ne sont pas isolés« , explique-t-il.

Le sommet pourrait cependant être important pour le gouvernement brésilien, à un an de la présidentielle américaine : en cas de défaite de Donald Trump, Bolsonaro risquerait de se retrouver isolé sur la scène internationale, alors que l’image du Brésil s’est détériorée en raison des nombreux dérapages du Président. « Même si le Brésil devient une sorte de paria international, il y aura toujours les Brics », conclut Oliver Stuenkel.