Sans succès, certains tentent de négocier avec les talibans en Afghanistan : « Nous ne cherchons pas la guerre »

Ces dernières 24 h, ce sont quelque 19 000 personnes qui ont été évacuées d’Afghanistan depuis l’aéroport de Kaboul, toujours selon la Maison-Blanche. Elles ont embarqué sur des vols militaires américains et des vols des partenaires de la coalition (dont la Belgique). Quarante-deux avions de l’US Air Force ont survolé Kaboul entre mardi et mercredi matin, de même que 48 avions de la coalition internationale. Les États-Unis ont exfiltré 11 200 personnes, les autres pays 7 800.

Malgré ces chiffres, pour les milliers de personnes qui restent sur le terrain, la tension ne cesse de monter. Elle est aussi palpable entre les « alliés », Paris et Londres, notamment, qui digèrent mal la détermination du président américain Joe Biden de mettre un terme coûte que coûte à cette opération pour le 31 août, comme l’exigent d’ailleurs les talibans.

Joe Biden a simplement ajouté que le respect de ce délai « dépend » de la coopération des talibans pour permettre l’accès à l’aéroport des candidats au départ, mettant en garde contre toute « entrave » à ces opérations extrêmement difficiles. Il a aussi précisé avoir « demandé au Pentagone et au département d’État des plans d’urgence pour ajuster le calendrier si cela devait être nécessaire« .

placeholder
© AP

Ce mercredi, la chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé que la communauté internationale devait continuer « de dialoguer avec les talibans », pour préserver les acquis de ces dernières années, comme par exemple le meilleur accès à l’eau potable ou la baisse de la mortalité infantile.

Jusqu’ici les talibans n’ont pas formé de gouvernement, expliquant attendre que le dernier soldat étranger ait quitté le pays. Les islamistes s’efforcent de se présenter sous un jour plus modéré à la population et à la communauté internationale, souvent sans convaincre, en tout cas à Kaboul ou dans le Panshir où se concentrent ceux qui refusent d’accepter la victoire militaire des talibans.

« Nous ne voulons pas la guerre »

La rencontre en début de semaine entre Ahmad Massoud, fils du commandant Massoud, et des représentants talibans n’a rien donné. « Nous voulons la paix si les talibans acceptent des compromis. Mais ils se positionnent en dominateurs qui dictent leurs conditions », a expliqué au quotidien Libération Ali Nazary, l’un de ses proches, depuis la vallée du Panshir, au nord de Kaboul.

Après la rencontre, qui s’est déroulée hors du Panshir, Ahmad Massoud, 32 ans, y est retourné. Il a retrouvé Amrullah Saleh, ex-vice-président et ex-chef des services de renseignement afghans, qui s’y est réfugié après la prise de Kaboul par les talibans le 15 août. Les deux hommes, aidés par des figures de l’ancienne Alliance du Nord, qui a lutté contre les talibans, tentent de fédérer une opposition aux nouveaux maîtres du pays. Ils sont aujourd’hui quelques milliers, peut-être 10 000, selon une source sécuritaire à Kaboul, à s’être regroupés. Parmi eux, des Panshiris et des hommes du clan Massoud, des anciens soldats de l’armée nationale afghane, dont des commandos des forces spéciales, et des volontaires venus de provinces du Nord. « Nous avons eu des mois pour nous préparer et stocker des armes« , dit Ali Nazary.

« De vraies négociations »

Pour l’instant, les talibans n’ont pas attaqué, se contentant d’amener des hommes à la lisière de la province. « Nous ne cherchons pas la guerre, poursuit le proche d’Ahmad Massoud. Ce que nous voulons, ce sont de vraies négociations pour le prochain gouvernement, avec une décentralisation et un partage des ressources. La démocratie doit absolument être préservée, avec des droits égaux pour tous les citoyens. Si ce n’est pas le cas, la stabilité ne vaut rien.«