Reynders maintient l’option d’un tribunal international en Irak pour les 50 djihadistes belges (Mise à jour)

Parallèlement à son offensive, la Turquie a appelé mercredi les Européens à « reprendre » leurs djihadistes détenus par les Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde qui a défait sur le terrain Daech, tandis qu’à Bruxelles, le vice-Premier ministre Didier Reynders a confirmé que la Belgique négociait toujours la création d’un tribunal international avec l’Irak.

Parmi les djihadistes figurent une cinquantaine de Foreign Terrorist Fighters (FTF) de nationalité belge, « vingt hommes et 35 femmes », a précisé à la VRT Paul Van Tichgelt, le patron de l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (Ocam). Ceux-ci se trouvent dans des camps surpeuplés ou des prisons sommaires dont les gardes kurdes pourraient être mobilisés pour défendre la région autonome contre l’offensive turque.

Paul Van Tichgelt conseillait déjà mardi soir de rapatrier ces djihadistes et de les juger en Belgique. « Si nous les livrons à la justice et les suivons ici, nous les contrôlons », disait-il. Le parquet fédéral tient le même discours, en soulignant que chacun de ces FTF fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Des accords existent entre Ankara et plusieurs pays européens, dont la Belgique, pour renvoyer ces djihadistes dans leur pays une fois qu’ils sont sur le territoire turc. « Nous ferons en sorte qu’ils ne se retrouvent pas dans la nature« , promet le porte-parole d’Erdogan, Ibrahim Kalin.

La Belgique, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne avaient tous refusé de reprendre ces terroristes, Londres allant jusqu’à leur retirer la nationalité pour ne pas devoir les rapatrier.

Maintenant que l’armée turque avance en territoire syrien, la question est de savoir ce que vont faire les Unités de Protection du Peuple (YPG), la composante kurde des FDS, des quelque 11 000 djihadistes et 75 000 femmes et enfants issus du califat.

« Certains pourraient aller vers la Turquie, d’autres vers le régime syrien », nous dit Ilham Ahmed, haute responsable kurde, qui a été reçue mercredi par le président Macron. La quasi-totalité des djihadistes avait choisi de fuir le califat en direction des Kurdes, sachant qu’ils seraient mieux traités par ces derniers que par l’armée syrienne.

Les bombardements turcs visent des régions, comme Derrik, où se trouvent des camps de « revenants » du califat.

Reynders : près de là « où ils ont commis leurs crimes »

Interrogé en urgence à la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, Didier Reynders dit suivre la situation d’heure en heure. Néanmoins, il confirme que le gouvernement n’envisage pas de rapatriement. « La position belge est que les FTF doivent être jugés au plus proche des lieux où ils ont commis leurs crimes », a-t-il dit.

La Belgique et d’autres pays européens (Pays-Bas, France, Suède, Royaume-Uni, Allemagne et Danemark) ont entamé durant l’été des négociations avec l’Irak. « À ce stade, il n’y a aucun engagement financier à l’égard de l’Irak », a précisé le futur commissaire européen à la Justice, faisant allusion aux exigences financières de Bagdad, qui réclame notamment un montant de deux millions de dollars par an et par djihadiste jugé.

Dans les pourparlers avec l’Irak, les Européens demandent que la peine de mort ne soit pas appliquée (deux Belges le sont déjà en Irak, Tarik Jadaoun et Bilal el-Marchohi) et que des garanties soient données pour un procès équitable et sur les conditions de détention. À propos de la suggestion du patron de l’Ocam, M. Reynders souligne qu’il faudra une discussion au sein du Conseil national de sécurité belge et que « si on devait changer d’attitude, un débat devrait avoir lieu au Parlement ».

Au cœur de l’entretien Trump-Erdogan

La question des djihadistes européens a été au cœur de l’échange téléphonique entre MM. Trump et Erdogan dimanche dernier. Selon un officiel turc, au courant de cet appel et cité par Middle East Eye, le président américain a demandé à Erdogan s’il pouvait faire quelque chose pour eux. Le président turc a répondu qu’Ankara avait déjà transféré dans leur pays près de 6 000 suspects FTF et que les États-Unis et la Turquie pourraient travailler ensemble sur ce problème. Mais M. Trump « n’a fait aucune promesse à ce sujet », dit cet officiel.