Retour sur les dates-clés de la contestation populaire en Algérie

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L’Algérie est secouée depuis le 22 février par une contestation populaire massive, née de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel, qui l’a finalement obligé à démissionner.

M. Bouteflika, 82 ans, très affaibli depuis un AVC en 2013, a été contraint mardi à quitter le pouvoir, sommé par un de ses principaux fidèles, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée.

 « Pas de 5e mandat »

Le 22 février, plusieurs milliers de personnes, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, manifestent dans plusieurs villes. « Pas de 5e mandat », « Ni Bouteflika, ni Saïd » (frère du président), scandent les protestataires à Alger, où les manifestations sont interdites depuis 2001.

Au pouvoir depuis deux décennies, M. Bouteflika avait annoncé le 10 février qu’il briguerait un 5e mandat, après des mois de faux suspense.

« Chute du régime »

Le 26, des milliers d’étudiants marchent pacifiquement à Alger.

Le 28, une dizaine de journalistes sont brièvement détenus après avoir participé à un rassemblement dénonçant les restrictions de couverture « imposées par (leur) hiérarchie ».

Le 1er mars, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent à Alger. En province, des défilés sont recensés notamment à Oran et Constantine.

Le 3, dans une lettre lue à la télévision, M. Bouteflika s’engage, s’il est élu, à ne pas terminer son mandat et à se retirer après une présidentielle anticipée.

Le 5 mars, le général Ahmed Gaïd Salah déclare que l’armée demeurera « la garante » de la stabilité face à ceux « qui veulent ramener » l’Algérie aux années de guerre civile (1992-2002).

Marée humaine 

Le 8 mars, une marée humaine envahit les rues d’Alger. Importante mobilisation dans d’autres villes.

Le 10, M. Bouteflika regagne l’Algérie après deux semaines d’hospitalisation en Suisse pour des « examens médicaux ». 

Etudiants et enseignants occupent plusieurs universités. Appel à la grève générale diversement suivi. Le général Ahmed Gaïd Salah déclare que l’armée « partage » avec le peuple « les mêmes valeurs ».

Report de la présidentielle 

Le 11, M. Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat et reporte sine die la présidentielle, sans date pour son éventuel départ. Il indique qu’une élection aura lieu après une Conférence nationale, chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Le Premier ministre est remplacé par le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui.

« Dégagez tous ! »

Le 15, une foule impressionnante se retrouve dans le centre d’Alger. Des manifestations ont lieu dans 40 préfectures sur 48, selon des sources sécuritaires. Des diplomates évoquent « des millions » d’Algériens dans les rues.

Le 22, les rues du centre d’Alger sont noires de monde. « Dégagez tous! », proclame une banderole. Manifestations dans de nombreuses autres villes.

Défections en série

Le 26, le général Gaïd Salah propose une sortie de crise, demandant que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir, en vertu de la Constitution, ou qu’il démissionne.

Le lendemain, le Rassemblement national démocratique (RND) –principal allié du parti de M. Bouteflika, le Front de libération nationale (FLN) — et son secrétaire général Ahmed Ouyahia, demandent « la démission du président ». L’Union générale des Travailleurs algériens (UGTA), principale centrale syndicale, apporte son soutien à l’appel du chef d’état-major.

Le 29, à Alger, la foule scande « le peuple veut que vous partiez tous! ». Des sources sécuritaires évoquent des « centaines de milliers de manifestants » à Alger et des marches dans 44 préfectures.

Le 31, l’ex-chef du patronat Ali Haddad, réputé proche du président, est arrêté à un poste-frontière avec la Tunisie.

M. Bouteflika nomme un nouveau gouvernement, conduit par Noureddine Bedoui. Le général Ahmed Gaïd Salah reste vice-ministre de la Défense.

Bouteflika démissionne

Le 1er avril, la présidence annonce que M. Bouteflika démissionnera avant l’expiration de son mandat le 28 avril.

Mais le 2, le général Gaïd Salah demande que soit « appliquée immédiatement » la procédure constitutionnelle permettant de l’écarter du pouvoir.

Peu après, M. Bouteflika informe le Conseil constitutionnel de sa démission à compter du jour-même, selon la télévision d’Etat.

Le 3, le Conseil constitutionnel constate « la vacance définitive de la présidence de la République » et entérine la démission d’Abdelaziz Bouteflika.

Le Conseil constitutionnel entérine la démission de Bouteflika

Le Conseil constitutionnel algérien « fait le constat de la vacance définitive de la présidence de la République », au lendemain de la démission d’Abdelaziz Bouteflika, indique mercredi un bandeau déroulant à la télévision nationale algérienne. Le Conseil « informe aujourd’hui le Parlement de la déclaration de constat de vacance définitive de la présidence de la République, conformément à l’article 102 alinéa 5 de la Constitution », ajoute la télévision dans son bandeau.

Aucune date n’a été annoncée pour la réunion des deux chambres du Parlement, l’Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse) et le Conseil de la Nation, prochaine étape prévue par la Constitution. C’est le président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, 77 ans, qui est chargé par la Constitution d’assurer l’intérim pendant trois mois.

Cible depuis le 22 février d’une contestation inédite, Abdelaziz Bouteflika, 82 ans dont 20 années à la tête de l’Algérie, a remis mardi soir sa lettre de démission au président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaiz, en présence de M. Bensalah. Ce dernier a désormais 90 jours maximum pour organiser une élection présidentielle à deux tours et remettre le pouvoir au nouveau chef de l’Etat élu lors de ce scrutin auquel, en tant que président par intérim, il ne peut se présenter.

Les manifestants, qui réclament en masse depuis plus d’un mois le départ de M. Bouteflika mais aussi celui de son entourage et du « système » au pouvoir, ont déjà fait savoir ces dernières semaines leur rejet par avance du processus d’intérim constitutionnel, qui maintient en place les hommes-clés du « système ».