Quel avenir pour le jihadisme au Maghreb : déclin durable ou possible résurgence ?

« Après avoir traversé au cours des trente dernières années deux phases ascensionnelles majeures (…), le jihadisme au Maghreb connaît un déclin durable. » C’est ainsi que Flavien Bourrat, chercheur Maghreb-Moyen-Orient à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM), analyse le recul du jihadisme en Tunisie, au Maroc et en Algérie dans une note intitulée « Quel avenir pour le jihadisme au maghreb : déclin durable ou possible résurgence », publiée en novembre 2019. Alors que les combattants islamistes semblent trouver de nouvelles zones d’expansion au Sahel, il apparaît, selon cette note, que ces derniers ont été vaincus ou mis dans l’impossibilité de se développer dans les pays du Maghreb. Selon ce chercheur, « l’organisation Etat islamique, qui a pourtant dominé le champ mondial de la violence islamiste armée au cours de cette décennie, n’est pas parvenue à s’implanter dans la région. De son côté, Al-Qaida au Maghreb islamique, si elle a pu conserver une capacité de résilience face à sa rivale, se retrouve désormais très affaiblie et acculée dans ses derniers bastions. »

Le chercheur reste prudent

Derrière cet optimisme, ce chercheur, géographe et spécialiste des questions de défense, reste prudent et note que « les facteurs d’une résurgence possible de ce phénomène sont toujours présents au Maghreb, qu’il s’agisse du substrat idéologique, des terreaux incubateurs socio-culturels, des risques potentiels ou présents d’instabilité politique, ou de l’apparition de nouveaux acteurs se réclamant de cette mouvance ».

« Ce n’est finalement qu’en Libye où une mouvance jihadiste ayant fait allégeance à l’EI ( Daech ) a pu réellement émerger » Flavien Bourrat , IRSEM

Flavien Bourrat analyse l’échec des différents groupes qui tentent de s’implanter au Maghreb (GSPC, AQMI et même l’EI) : « Les nouveaux groupes salafistes jihadistes ne sont pas parvenus à s’implanter durablement », et ceci malgré « l’effondrement des structures étatiques et la prolifération de matériels de guerre » suite à la destruction du régime Kadhafi.

Pourquoi cet échec ? Selon lui, les différents Etats ont réussi à dominer ces mouvements. Militairement en Algérie, grâce à sa police (BCIJ) au Maroc, et de façon plus complexe en Tunisie en raison de l’instauration de la démocratie qui a créé de nombreux changements à la tête de l’Etat. Alors que ces mouvements avaient émergé en raison d’un certain nombre de facteurs (fragilité de l’Etat, problèmes politiques et socio-économiques, marginalisation et déracinement intérieur, désintégration sociale…), il apparaît, selon M. Bourrat, que seule, aujourd’hui, la Libye concentre ces facteurs.

CONCLUSION

La période actuelle, en dépit des signaux d’alerte que constituent des attentats sporadiques, témoigne de la fin d’un cycle long inauguré par le retour d’Afghanistan de la première génération de jihadistes maghrébins à la fin des années 1980. Cette mouvance a par la suite subi le contrecoup de son échec en Algérie à l’issue de la guerre civile des années 1990. Les deux dernières décennies auront finalement vu des tentatives répétées de la part des organisations se réclamant de l’idéologie salafiste jihadiste, de se relancer à la faveur des crises intérieures et régionales ayant déstabilisé le Maghreb durant cette période. Préjugeant de leurs capacités opérationnelles et de recrutement pourtant déclinantes, mais sous-estimant l’accroissement de la coopération internationale face à une menace devenue

planétaire, l’adaptation des politiques nationales en matière de contre-terrorisme et peut être plus encore les capacités de résilience des populations dont ils escomptaient le soutien, les groupes jihadistes maghrébins ne sont pas parvenus à déstabiliser durablement les pouvoirs en place, ni à s’implanter territorialement, ni à mutualiser leurs moyens et leurs
efforts.
Désormais, la question se pose pour eux de repenser leur avenir, à supposer que celui-ci soit envisageable alors qu’ils se trouvent acculés au stade de la survie. S’agit-il de poursuivre un objectif de territorialisation, très difficilement envisageable dans le contexte actuel, ou de maintenir, même a minima, un niveau insurrectionnel dont la dynamique leur fait actuellement défaut ?