Procès en destitution: la pression s’accentue sur Donald Trump

Les avocats de Donald Trump présentent mardi la dernière partie de leur défense du président américain dans son procès en destitution devant le Sénat, après les révélations explosives d’un ancien conseiller de la Maison Blanche qui ont mis à mal leur stratégie.

Le milliardaire républicain fait l’objet de cette procédure historique pour avoir demandé l’été dernier à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky d’enquêter sur Joe Biden, un possible rival à l’élection présidentielle du 3 novembre, et sur les affaires de son fils Hunter dans ce pays gangrené par la corruption.

Pour parvenir à ses fins, il aurait bloqué pendant plusieurs semaines le versement d’une aide militaire cruciale pour Kiev, au mépris de l’autorisation donnée par le Congrès.

L’ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton affirme dans un livre à paraître prochainement que Donald Trump lui a confié en août ne pas vouloir débloquer cette aide militaire sans enquête sur les Biden.

L’hôte de la Maison Blanche a formellement démenti les affirmations de son ancien conseiller, limogé en septembre, l’accusant de vouloir « vendre son livre ».

Cette accusation de chantage est justement au coeur du procès du 45e président américain, accusé d' »abus de pouvoir » et d' »entrave au travail du Congrès ».

Lundi, les avocats de M. Trump ont dû en urgence modifier leur stratégie et allumer des contre-feux en attaquant les Biden.

Les démocrates ironisent

L’avocat personnel de M. Trump, Jay Sekulow, a demandé aux sénateurs de se concentrer sur « les informations disponibles publiquement » plutôt que « les spéculations et les allégations », en référence aux bonnes feuilles du livre de John Bolton publiées par le New York Times.

Alan Dershowitz, célèbre constitutionnaliste dont la plaidoirie a impressionné lundi soir, est allé plus loin en affirmant que l’abus de pouvoir était une « arme politique » et une notion trop vague pour être passible de destitution.

Selon lui, le « donnant-donnant » dénoncé par les démocrates – le versement d’une aide militaire contre l’annonce d’enquête sur les Biden – n’est qu’un des outils de politique étrangère offerts au président dans le cadre de ses prérogatives.

« Rien dans les révélations de M. Bolton, même si elles sont vraies, pourrait être du niveau de l’abus de pouvoir et de la destitution », a-t-il ajouté.

Mardi matin, l’élue démocrate Val Demings, qui fait partie de l’équipe de procureurs, a ironisé sur ce changement de stratégie.

« Nous sommes allés de +Le président n’a rien fait, l’appel (téléphonique avec M. Zelensky) était parfait+ à +il n’y a pas eu de donnant-donnant+ puis à « Et s’il l’a fait, et alors+ », a-t-elle énuméré sur CNN avant le début de l’audience qui doit commencer à 13H00 locales (18H00 GMT).

« Théorie du complot »

Mais la pression s’accentue sur le camp présidentiel pour accepter le témoignage de John Bolton. Celui-ci s’est déjà dit prêt à honorer une convocation de la Chambre haute.

Plusieurs sénateurs républicains ont suggéré qu’ils pourraient voter en faveur d’une audition de M. Bolton. Il faut aux démocrates quatre voix républicaines pour s’assurer de ce témoignage.

Ce vote devrait intervenir en fin de semaine, une fois que la défense aura bouclé sa plaidoirie et que les sénateurs auront posé, par écrit, leurs questions aux deux parties.

Les avocats présidentiels ont également évoqué l’autre axe de leur défense: M. Trump était dans son droit en s’inquiétant d’une possible « corruption » des Biden en Ukraine.

Hunter Biden a siégé au conseil d’administration du groupe gazier Burisma, un temps soupçonné de corruption, alors que son père, vice-président de Barack Obama, était chargé de la politique américaine dans ce pays.

L’ancienne procureure de Floride Pam Bondi, fervente supportrice de Donald Trump, a évoqué lundi les inquiétudes au sein de l’administration démocrate d’un « apparent conflit d’intérêt ».

Elle a également suggéré que M. Biden avait obtenu le limogeage du procureur général ukrainien alors chargé de la lutte anti-corruption, pour protéger l’employeur de son fils.

L’équipe de campagne de Joe Biden a immédiatement dénoncé une « théorie du complot (…) complètement réfutée » utilisée par Mme Bondi.

Même si les démocrates réussissent à faire témoigner John Bolton, ils semblent voués à perdre le procès. Les républicains, qui disposent d’une majorité de 53 élus, font toujours bloc derrière M. Trump et il paraît totalement improbable que la majorité des deux tiers soit acquise pour voter la destitution au Sénat.