« Pressions » dans l’affaire Fillon: la défense demande la « réouverture » du procès

Nouveau rebondissement à quelques jours du jugement Fillon: la défense de l’ex-Premier ministre a demandé mardi au tribunal de rouvrir les débats pour faire la lumière sur les « pressions » qu’aurait subies la procureure nationale financière au moment de l’enquête.

Cette annonce des avocats de François Fillon, de son épouse Penelope et de son ancien suppléant dans la Sarthe, Marc Joulaud, fait peser une incertitude majeure sur le rendu du jugement, prévu lundi à 13H30, dans cette affaire portant sur des soupçons d’emplois fictifs de Mme Fillon.

« Nous venons de saisir ce jour la 32ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris d’une demande de réouverture des débats afin que les évènements récents puissent être discutés entre toutes les parties », ont annoncé dans un communiqué transmis à l’AFP Mes Antonin Lévy, Pierre Cornut-Gentille et Jean Veil, qui dénoncent depuis plus de trois ans une « enquête folle » et menée « à charge ».

Il s’agit de la dernière secousse provoquée par les déclarations d’Eliane Houlette, cheffe du Parquet national financier (PNF) à l’époque de l’affaire Fillon, qui a suscité un tollé politique et contraint le chef de l’Etat à intervenir.

Le 10 juin, devant la commission d’enquête parlementaire sur l’indépendance de la justice, Mme Houlette, désormais retraitée, s’était émue du « contrôle très étroit » qu’aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations lancées en pleine campagne présidentielle de 2017 après un article du Canard enchaîné.

Mme Houlette évoquait notamment « des demandes de transmission rapide » sur les actes d’investigation ou les auditions et avait révélé avoir été convoquée par le parquet général, qui plaidait pour que l’enquête soit confiée à un juge d’instruction.

Le PNF avait finalement accédé à cette demande en invoquant des questions juridiques liées à un risque de prescription, selon Mme Houlette.

Saluée dans un premier temps par la défense, cette ouverture d’information judiciaire, confiée au juge Serge Tournaire, s’était toutefois retournée contre M. Fillon: il avait été rapidement mis en examen après avoir affirmé qu’un tel scénario le pousserait à jeter l’éponge.

Tentant d’éteindre l’incendie, Mme Houlette avait précisé vendredi que ces « pressions » ne portaient « pas sur les faits reprochés à M. Fillon ni sur le bien-fondé des poursuites » et « étaient d’ordre purement procédural ». « M. Fillon n’a pas été mis en examen à la demande ou sous la pression du pouvoir exécutif », avait-elle insisté.

A droite mais aussi à LFI ou au RN, ses premières déclarations ont toutefois déclenché une avalanche de réactions critiquant une instrumentalisation de la justice dans cette enquête, qui avait empoisonné la campagne de François Fillon, finalement éliminé au premier tour.

Vendredi soir, Emmanuel Macron était à son tour intervenu, annonçant saisir pour avis le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) afin de vérifier que le PNF a mené son enquête en « toute sérénité, sans pression » de l’exécutif.

Selon les règles en vigueur, le parquet général peut demander des remontées d’information aux parquets et les transmettre à la direction des affaires criminelles et des grâces au sein de la Chancellerie, qui peut les faire suivre au cabinet du garde des Sceaux. En revanche, la loi interdit au garde des Sceaux de donner des instructions dans les dossiers individuels.

La procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, a d’ailleurs dit « regretter que ce qui est le fonctionnement régulier du ministère public soit assimilé à des pressions ».

Mais les déclarations de Mme Houlette apportent de l’eau au moulin de la défense.

« Il nous apparaît (…) que les questions soulevées par l’audition de l’ancienne procureure de la République financier devant une commission d’enquête parlementaire ainsi que la saisine du Conseil supérieur de la magistrature éclairent d’un jour nouveau les dysfonctionnements que nous avons dénoncés dès le début de la procédure », déclarent les avocats.

Il appartient maintenant au tribunal de se prononcer sur cette demande des avocats.

Lors des débats en mars, le PNF a requis cinq ans de prison, dont deux ferme, et 375.000 euros d’amende contre François Fillon, trois ans avec sursis et 375.000 euros d’amende contre son épouse et deux ans avec sursis et 20.000 euros d’amende contre M. Joulaud.