Présidentielle en Italie: pas de fumée blanche à l’issue du 1er tour

En l’absence de consensus sur un nom, la plupart des partis avaient appelé à voter blanc lors de ce tour de chauffe dans l’hémicycle de la Chambre des députés. Le deuxième tour se tiendra mardi après-midi.

Sur un millier de votants, 672 ont voté blanc, rendant le résultat peu significatif. C’est un obscur ex-juge de la cour constitutionnelle âgé de 85 ans, Paolo Maddalena, qui est arrivé en tête avec seulement 36 voix, juste devant le populaire président sortant Sergio Mattarella (16 voix), dont le mandat s’achève le 3 février et qui a exclu un nouveau mandat. Mario Draghi a reçu 1 voix.

Il est notoirement difficile de prédire le vainqueur de cette élection à bulletins secrets et traditionnellement sans candidats officiels, un scénario qui laisse une large place aux rebondissements en tous genres.

Ni la droite ni la gauche ne disposant de la majorité au sein d’un parlement fragmenté, la plus grande incertitude règne. L’ex-Premier ministre Silvio Berlusconi, qui rêvait à 85 ans d’entrer au palais du Quirinal et a finalement jeté l’éponge samedi, a récolté 7 voix.

Les négociations entre chefs de parti vont donc bon train pour tenter de s’accorder un nom: lundi, le chef de la Ligue (souverainiste et antimigrants) Matteo Salvini s’est entretenu avec le chef du Parti démocrate (PD, gauche) Enrico Letta, le dirigeant du Mouvement 5 Etoiles Giuseppe Conte, et la leader de Fratelli d’Italia (extrême droite) Giorgia Meloni, sans oublier M. Draghi, qui a également eu des discussions avec MM. Letta et Conte.

A l’issue de la rencontre Letta-Salvini, leurs partis ont indiqué que « les deux dirigeants travaillent sur des hypothèses et se reverront demain » mardi. Le processus est donc encore dans les limbes, d’autant qu’une majorité des deux tiers est requise lors des trois premiers tours.

Elu pour sept ans, le président, au rôle essentiellement honorifique, dispose d’un pouvoir considérable en cas de crise politique – dont l’Italie est coutumière -, qu’il s’agisse de dissoudre le Parlement, de choisir le Premier ministre ou de refuser des mandats à des coalitions fragiles.

En raison des mesures de sécurité liées au Covid, chaque tour prend une journée entière. Les électeurs positifs au Covid votent sur le parking du parlement aménagé pour l’occasion.

L’élection devrait donc traîner en longueur (le record est de 23 tours de scrutin) et mettre à dure épreuve les nerfs des 1.008 électeurs (629 députés, 321 sénateurs et 58 élus régionaux).

Ex-président de la Banque centrale européenne, où il est crédité d’avoir sorti l’euro d’une grave crise de la dette, M. Draghi, 74 ans, a laissé entendre qu’il était intéressé, mais son élection laisserait vacant son poste actuel à un moment très délicat.

Alors que l’Italie a plus que jamais besoin de stabilité, les partis appartenant à la coalition disparate soutenant M. Draghi (tous sauf Fratelli d’Italia) sont déjà en ordre de bataille en vue des législatives de l’an prochain. Le chaos politique pourrait mettre en danger la mise en musique du volant italien du plan de relance européen post-Covid.

L’élection de Draghi à la présidence pourrait assurer la stabilité politique et les bonnes relations avec Bruxelles, en particulier si la droite et l’extrême droite remportaient les élections de 2023.

Si M. Draghi reste Premier ministre, de nombreux autres noms circulent pour le poste de chef de l’État, notamment ceux du commissaire européen Paolo Gentiloni, de l’ancien Premier ministre socialiste Giuliano Amato ou de la ministre de la Justice Marta Cartabia, qui serait la première femme présidente.

Les observateurs n’attendent pas de résultat final avant jeudi, lorsqu’aura lieu le quatrième tour, à partir duquel la majorité absolue sera suffisante pour l’emporter.