Premier revers au Parlement israélien pour Bennett

Le rejet de cette loi controversée dite de « la citoyenneté », pour laquelle 59 députés ont voté pour et 59 contre, semble démontrer la fragilité de la coalition de M. Bennett, dont le gouvernement hétéroclite avait obtenu in extremis la confiance de la Knesset (Parlement) il y a près d’un mois.

Même si la procédure reste longue et soumise à de nombreuses conditions, les Palestiniens ayant épousé des Arabes israéliens pourront désormais demander la nationalité israélienne, ce à quoi le Premier ministre, chef de file de la droite radicale, et ses alliés étaient opposés.

Depuis sa première adoption en juillet 2003 pendant la deuxième Intifada (soulèvement palestinien), la loi, justifiée par les autorités pour des raisons sécuritaires, avait été sans cesse renouvelée.

« Patchwork » 

Mais cette fois, elle est arrivée à échéance mardi sur fond de vives divisions politiques, alors que le gouvernement de coalition est composé de partis de droite, du centre et de gauche.

Un accord au sein du gouvernement prévoyait que tous les députés des partis qui le composent votent en faveur du texte, mais Amichaï Chikli, un élu du parti Yamina du Premier ministre, s’est prononcé contre.

« Israël a besoin d’un gouvernement sioniste qui fonctionne, non d’un patchwork », a expliqué sur Twitter M. Chikli, qui critique notamment le soutien d’une formation arabe islamiste Raam au gouvernement.

En face, l’opposition constituée de partis de droite a voté contre cette loi défendue par M. Bennett à qui elle reproche de s’être allié à des partis de gauche et arabes pour chasser du pouvoir Benjamin Netanyahu, Premier ministre sans discontinuité pendant 12 ans.

« Il y a des choses avec lesquelles on ne joue pas. La sécurité de l’Etat est une ligne rouge, et l’Etat a besoin de contrôler qui entre et qui obtient la citoyenneté », avait affirmé le Premier ministre lundi soir.

L’attitude de l’opposition « va entraîner 15.000 demandes de citoyenneté », a de son côté prévenu sur Twitter la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, une proche de M. Bennett.

Pour donner des gages aux formations idéologiquement opposées au texte, comme la formation Meretz d’extrême gauche, l’accord du gouvernement prévoyait que tous les partis en son sein voteraient pour le texte en échange de quoi plus de 1.500 Palestiniens ayant déjà un permis de résidence obtiendraient la citoyenneté israélienne, selon Mme Shaked.

« Punition collective » 

Mais pour le Likoud, parti de M. Netanyahu, cette dernière mesure aurait justement « mis en péril l’identité sioniste et la sécurité de l’Etat d’Israël ».

M. Netanyahu a par ailleurs déclaré aux membres de son parti que « le plus important était de renverser ce gouvernement dangereux et soutenu par des éléments antisionistes ».

Pour le parti Yamina, c’est au contraire l’opposition qui a « directement mis en danger la sécurité d’Israël ».

De nombreuses demandes d’obtention de la citoyenneté israélienne émanent des conjoints palestiniens d’Arabes israéliens originaires de Cisjordanie –territoire occupé par Israël depuis 1967– ou de la bande de Gaza, une enclave sous blocus israélien.

Des dizaines d’Arabes israéliens avaient de nouveau manifesté lundi devant la Knesset pour protester contre une loi qui complique selon eux les démarches et la vie des Palestiniens dont les conjoints sont israéliens.

Le non-renouvellement de la mesure est « une victoire partielle après une longue bataille qui dure depuis 18 ans et qui n’est pas terminée », a estimé lundi Jaafar Farah, directeur de l’ONG Moussawa de défense des droits des Arabes israéliens.

« Des milliers de familles palestiniennes sont affectées par cette loi et sont contraintes de vivre séparément, de quitter le pays » ou, pour les conjoints qui vivent en Israël sans autorisation, de vivre sous la « menace » de l’expulsion, a-t-il déclaré à l’AFP, qualifiant la loi de « punition collective raciste ».

Les Arabes israéliens sont les descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948.