Portugal : la stratégie de Seguro face à une campagne violente contre l’extrême droite
António José Seguro a remporté les élections présidentielles au Portugal le 8 février 2026 avec 66,8 % des suffrages, devançant son opposant d’extrême droite André Ventura. Selon Yves Léonard, la victoire de Seguro est celle d’un profil ayant eu une « traversée du désert » qui lui permet d’échapper aux accusations de corruption.
Il y a quelques mois, le socialiste António José Seguro était considéré comme un outsider, mais il a remporté dimanche les élections présidentielles au Portugal avec une large avance sur son adversaire d’extrême droite, André Ventura. Avec 66,8 % des votes, il réalise le plus grand succès électoral d’un président depuis 1991. Cette victoire inattendue constitue un encouragement pour la gauche européenne dans un contexte où le continent glisse vers l’extrême droite. Yves Léonard, historien à Sciences Po et spécialiste de l’histoire contemporaine du Portugal, analyse pour 20 Minutes la « recette » de Seguro.
Un président « sorti de nulle part »
D’après l’historien, le succès du socialiste portugais repose avant tout sur un profil qui se démarque de ses concurrents. Principal visage du Parti Socialiste jusqu’en 2014, Seguro s’était retiré de la vie politique suite à une primaire non fructueuse et était devenu enseignant universitaire. Ce n’est qu’en 2024 qu’il réapparaît dans les médias, avant de se porter candidat à la présidentielle à l’automne dernier, sans même recevoir le soutien de son propre parti.
Cette « traversée du désert », décrite par l’historien comme un de ses atouts majeurs face aux habitués de la politique, quel que soit leur bord, lui a permis d’émerger comme un candidat « sorti de nulle part » et « sans casseroles », attirant ainsi l’attention et lui permettant d’échapper aux accusations de corruption de son adversaire d’extrême droite.
Rester « humaniste » face à l’extrême droite
Au-delà de son image d’inconnu, déjà appréciée par les électeurs, ce sont ses valeurs qui ont permis à António José Seguro de s’imposer dans un débat public dominé par les discours d’extrême droite, à l’instar de ce que l’on observe en France. « Il ne croit évidemment pas aux théories du grand remplacement et estime que le Portugal a besoin d’immigration pour contrer la baisse de la natalité et soutenir la croissance économique », relate Yves Léonard. Pour l’historien, il a mené une campagne à son image, marquée par « modération, nuance et débat démocratique ».

Cette position centrale, mais ancrée dans les valeurs humanistes de la gauche, lui permet également de bâtir un « barrage républicain » très efficace contre le candidat d’extrême droite, André Ventura, qui se réclame du modèle de Viktor Orbán. « Il a pris le contre-pied d’une campagne violente et toxique propagée par l’extrême droite », analyse Yves Léonard.
Devenu rassembleur, le socialiste se positionne au second tour comme « candidat de tous les Portugais », un slogan qu’il répète souvent, tandis que son adversaire mise sur une rhétorique de combat contre les « élites ». Il bénéficie du soutien public de figures politiques importantes, telles que l’ancien président de la République et du PSD (parti social-démocrate) Aníbal Cavaco Silva, ainsi que des maires de Lisbonne et de Porto.
Notre dossier sur le Portugal
Les électeurs, issus de divers horizons, de gauche et de centre gauche évidemment, mais aussi certains du centre et de la droite, choisissent de ne pas voter pour l’extrême droite. Ce réflexe reste crucial au Portugal où le souvenir de la dictature salazariste demeure vivace. Reste à voir si sa campagne – presque sans faute – pourra inspirer ses homologues européens.

