Pérou: un novice en politique Premier ministre, un ex-guérillero chef de la diplomatie

M. Bellido, 41 ans, a prêté serment en présence du chef de l’État sur le site de la Pampa de la Quinua, dans la région d’Ayacucho (sud), où avait lieu une cérémonie organisée dans le cadre des célébrations du Bicentenaire du Pérou mercredi. « Je jure devant les quelque 30 millions de mes frères » péruviens de m’impliquer dans « la lutte contre la corruption », a déclaré le nouveau chef de gouvernement, originaire de la région de Cuzco (sud).

M. Bellido est membre du parti marxiste-léniniste Peru Libre, une formation jusque-là minoritaire mais qui a obtenu le meilleur score aux législatives du 11 avril avec 37 sièges sur 130, devant Fuerza popular (24), le parti de la candidate malheureuse à la présidentielle Keiko Fujimori (droite populiste). Comme le chef de l’État, le nouveau Premier ministre est d’origine paysanne et n’a pas eu de poste politique avant cette nomination. Il porte lui aussi un chapeau traditionnel, mais différent de celui qu’arbore le président.

Des médias péruviens ont expliqué que le parquet avait ouvert une enquête cette année contre M. Bellido pour « apologie de terrorisme » présumée, après des déclarations concernant l’ex-guérilla maoïste du Sentier lumineux, qui a semé la terreur dans ce pays andin de 1980 à 2000. « Le pays était dans un état désastreux en 1980. Des Péruviens ont pris le mauvais chemin. Sont-ils des Péruviens, oui ou non ? Ils ont des droits. Qu’avez-vous contre les membres du Sentier ? », avait-il déclaré dans un entretien avec un média en ligne. Elu député, il bénéficie toutefois désormais de son immunité parlementaire.

Pour diriger la diplomatie, le nouveau président a choisi Hector Béjar, 85 ans. Avocat et docteur en sociologie, il avait fondé en 1962 l’Armée de libération nationale (ELN), une guérilla inspirée par la révolution cubaine, qui a opéré dans la jungle de Madre de Dios (à 1.000 km à l’est de Lima) jusqu’à sa défaite militaire quelques années plus tard.

Arrêté en 1966, il a passé cinq ans en prison avant d’être gracié par le gouvernement du général Juan Velasco Alvarado, dont il est devenu un collaborateur. Hector Béjar a publié plusieurs ouvrages et enseigne à l’Université pontificale catholique du Pérou.

Pedro Castillo a officiellement pris ses fonctions mercredi à la tête d’un Pérou divisé après les résultats très serrés du deuxième tour de la présidentielle du 6 juin qui l’ont vu l’emporter de quelques dizaines de milliers de voix face à Keiko Fujimori.

Si son élection a suscité l’espoir de millions de Péruviens, en particulier dans les zones rurales, elle fait craindre à d’autres un virage radical vers le socialisme après des décennies de politiques économiques ultralibérales.