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Où se cachent les mafieux italiens en cavale : Saint-Etienne, Côte d’Azur, Espagne, Colombie ou Dubaï ?

Un fugitif italien recherché par le parquet antimafia de Naples a été arrêté mercredi dans un appartement à Beausoleil, soupçonné d’organiser un trafic de stupéfiants. L’Europe, et plus particulièrement la France, est identifiée comme « une zone de repli » pour les trois principales mafias italiennes, avec une surreprésentation sur la Côte d’Azur.


Un fugitif italien, sous le coup d’un mandat européen émis par le parquet antimafia de Naples, a été appréhendé mercredi dans un appartement luxueux à Beausoleil, dans les Alpes-Maritimes, selon Ici. Cet individu, membre de l’organisation mafieuse napolitaine Camorra, était recherché depuis janvier dernier pour suspicion d’organisation d’un trafic de stupéfiants. Cette arrestation en France évoque d’autres cas, comme celui d’un pizzaïolo à Saint-Étienne en 2023, interpellé après une fuite de seize ans, ou d’un Italien qui dirigeait une société de nettoyage en Bretagne, appréhendé en 2019. La France est-elle vraiment un terrain de choix pour les mafieux en cavale ?

Des pays où il n’y a pas ou peu d’extraditions
Le choix du pays par ces « latitanti », ces criminels en fuite, repose sur plusieurs critères. Les destinations privilégiées sont celles disposant de peu ou pas d’accords de coopération judiciaire et d’extradition, où la corruption est présente, et où l’existence de communautés fermées facilite l’anonymat. Il peut s’agir de « paradis fiscaux, comme Dubaï, où l’extradition est difficile », note Fabrice Rizzoli, spécialiste des mafias et président de l’association Crim’Halt. Depuis les années 2000, les Émirats arabes unis sont devenus un refuge de choix pour des dirigeants de la mafia et des trafiquants de drogue. Raffaele Imperiale, l’un des plus grands narcotrafiquants mondiaux lié à la Camorra, y a déménagé vers 2016 après avoir quitté l’Espagne, conscient de la pression judiciaire en Europe. Malgré de nouveaux accords de coopération, l’opacité financière continue d’attirer ces criminels à Dubaï.

Des pays où s’organise le trafic de cocaïne
Le blanchiment des fonds issus des activités illégales est également un critère majeur pour ces « latitanti ». Depuis environ trente ans, des mafieux italiens se sont établis en Amérique latine pour se rapprocher des cartels colombiens et accéder à la cocaïne. « La présence de mafieux italiens en Amérique du Sud est un exemple de narco-économie, avec la création de comptoirs de drogue, que j’appelle des narco-comptoirs », explique l’expert. Outre la Colombie et le Brésil, l’Uruguay a longtemps abrité Rocco Morabito, le « roi de la cocaïne », avant son interpellation en 2021.

Des pays où la corruption est facile
L’Afrique apparaît aussi comme une zone de refuge pour ces criminels, notamment l’Afrique du Sud, selon Fabrice Rizzoli. Vito Roberto Palazzolo, « l’une des figures majeures de Cosa Nostra », selon le parquet de Palerme, a vécu en Afrique du Sud depuis le milieu des années 1980 sous le nom de Robert von Palace Kolbatschenko. Cet Italien, proche du pouvoir, était perçu comme un homme d’affaires influent dans plusieurs secteurs, tels que l’eau minérale, le gardiennage et l’élevage d’autruches. Alors que le gouvernement sud-africain refusait son extradition, Palazzolo a été arrêté en Thaïlande en 2012.

L’Europe, zone de blanchiment
En Europe, la France est reconnue comme « une zone de repli » pour les trois principales mafias italiennes : la ‘Ndrangheta, la Camorra et Cosa Nostra, selon une note récente du Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco). Le pays « est aussi le théâtre d’opérations de blanchiment », notent les forces de l’ordre. « Les mafieux en fuite choisissent parfois la France pour s’exiler, avec une surreprésentation sur la Côte d’Azur », confirme Fabrice Rizzoli. Toutefois, la coopération judiciaire entre la France et l’Italie est désormais bien établie, et « ces mafieux ont du mal à rester longtemps dans le pays ».

Sur le territoire européen, l’Espagne demeure la destination privilégiée, « car, pendant longtemps, la police espagnole n’a pas agi de manière significative contre les fugitifs », selon Fabrice Rizzoli. Le pays représente un carrefour pour les narcotrafiquants, avec de la cocaïne en provenance d’Amérique latine et du cannabis du Maroc. Il rappelle que, jusqu’à récemment, « l’Espagne a été un lieu de blanchiment pour ces criminels, avec des investissements dans l’immobilier ».