« On ne va pas revenir au Front national » : le congrès du RN s’interroge sur la défaite sans changer de ligne

L’hôte de cette réunion et maire RN de la ville, Louis Aliot, a accueilli pendant plus d’une heure Marine Le Pen samedi matin à l’hôtel de ville. Il souhaite « s’interroger » sur la « part de responsabilité » de sa formation, ressortie bredouille des régionales, avec 30% d’élus en moins.

Les dirigeants du RN, Marine Le Pen en tête, accusent d’abord l’abstention, massive, qui a notamment touché les jeunes et les classes populaires, catégories dans lesquelles le RN réalise ses meilleurs scores. Elle fait l’objet d’une table ronde sur la « démocratie face au défi de l’abstention », à laquelle participera le maire de Moissac, Romain Lopez, qui avait émis des critiques après le scrutin.

Mais pas question de remettre en cause la stratégie de « normalisation » du discours, pourtant questionnée par des militants ou en périphérie du RN.

« La stratégie d’ouverture doit continuer », était le thème d’une autre table ronde défendu par la tête de liste ex-LR en Paca Thierry Mariani. Romain Lopez lui aussi juge que la « ligne de synthèse » du RN est « la bonne ».

Aucune personnalité n’apparaît de toute façon en capacité de porter les mécontentements internes lors du congrès, qui n’est pas organisé autour de motions ou de courants comme dans d’autres formations. La direction du RN avait en outre été accusée d’avoir mis à l’écart, l’été dernier, les partisans de l’ancienne députée FN Marion Maréchal, qui n’a plus sa carte au parti.

« Ouvrir »

Le RN s’est-il trop « banalisé », au risque de ne plus intéresser les électeurs ? « Un faux débat », estime Louis Aliot. Quand l’ancien président Jean-Marie Le Pen accuse la « délepénisation » du parti, duquel il a été exclu en 2015, sa fille Marine Le Pen répond qu’elle ne « recherche ni plus ni moins de radicalité » et veut « agir sans violence et sans faiblesse ».

Quant à « l’ouverture » à des candidats extérieurs au parti, mise en avant aux régionales mais critiquée par des fédérations qui y ont vu des parachutages aux dépens de militants mieux implantés, Louis Aliot affirme qu’il « préfère l’ouverture à la fermeture » et fait valoir sa conquête de Perpignan, obtenue l’an dernier « en ouvrant les bras à d’autres, sur un projet ».

« On ne va pas revenir au Front national » et « nous avons encore besoin d’aller chercher du monde » pour « ouvrir et pas rétrécir » le parti, abonde en marge du congrès le porte-parole Sébastien Chenu.

L’échec de dimanche « n’altère pas nos capacités de rassemblement, mais il faut bien étudier les raisons pour lesquelles certains de nos électeurs ne sont pas allés voter », souligne l’eurodéputé et ex-tête de liste en Normandie Nicolas Bay.

Intérim

Un autre enjeu du congrès est le remplacement provisoire à venir de Marine Le Pen. Elle est certes assurée d’être réélue présidente puisqu’elle est la seule candidate à ce poste, mais elle compte lâcher la tête du parti le temps de la présidentielle.

Les militants, autour d’un millier, ont voté à cet égard samedi un changement des statuts qui permettra cet intérim « pendant 12 mois ». Dans ce cas, le président du parti sera remplacé par le vice-président et, s’il y en a plusieurs, par le « premier d’entre eux ».

Le nom du premier vice-président devrait être connu dès dimanche. Le numéro deux du parti Jordan Bardella est pressenti à ce poste, que brigue aussi Louis Aliot, au nom de son « expérience » de trente ans au sein du parti. Mais il ne compte pas se battre « contre vents et marées ».

Les militants guetteront également l’ordre d’arrivée des élus au conseil national (« parlement » du parti), où Louis Aliot, très populaire dans le mouvement, est souvent arrivé en tête.

Dans son discours prévu dimanche à 15H00, Marine Le Pen devrait réunir ses militants autour de thèmes fondamentaux de son parti, comme l’immigration, afin de les remobiliser vers la présidentielle.

Plusieurs organisations de gauche, avec le candidat à la présidentielle Philippe Poutou, ont manifesté samedi à Perpignan contre le parti d’extrême droite.