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Nouvelle-Zélande : L’anglais ne devient pas langue officielle, projet controversé

À New Zealand, 95 % des habitants parlent anglais, tandis que les langues officielles de jure sont le maori et la langue des signes néo-zélandaise. En mars 2025, Donald Trump a fait de l’anglais la langue officielle des Etats-Unis après 250 ans de flou linguistique.

Bienvenue en Nouvelle-Zélande. Ici, 95 % des habitants parlent anglais. Cependant, les langues officielles de jure, c’est-à-dire légalement, sont le maori et la langue des signes néo-zélandaise. Début mars, la coalition au pouvoir a donc introduit un projet de loi visant à reconnaître officiellement l’anglais comme l’une des langues officielles de l’archipel.

« C’est quelque chose qui faisait partie du programme de la coalition. Ce n’est pas notre priorité absolue, loin de là. Mais cela […] va être fait », a défendu Paul Goldsmith, le ministre de la Justice. Le texte doit désormais être examiné par le Parlement. Selon le ministre des Affaires étrangères Winston Peters, l’utilisation croissante du maori dans les services publics engendrait de la confusion, voire des problèmes de sécurité dans certains cas, rapporte le média en ligne Te Ao Maori News. Il s’agit donc selon lui de corriger une « anomalie ».

L’anglais officieux jusqu’en Angleterre

Cependant, les détracteurs sont nombreux et plusieurs députés de l’opposition ont condamné une mesure jugée inutile. Il est étonnant de constater que de nombreux pays anglophones n’ont jamais fait de l’anglais une langue officielle. Par exemple, l’Australie n’a pas de langue officielle. Le Royaume-Uni, berceau de l’anglais, n’en a pas non plus, à l’exception du Pays de Galles qui a officialisé de jure le… gallois. Le Bòrd na Gàidhlig continue de militer pour la reconnaissance officielle du gaélique.

De retour en Nouvelle-Zélande, Winston Peters soutient qu’il est de « bon sens » de reconnaître l’anglais de jure « afin de mieux le défendre », rappelle le site d’informations en ligne The Spinoff. Mais l’anglais, omniprésent dans l’archipel, a-t-il vraiment besoin d’être défendu ? La reconnaissance d’une langue officielle sert généralement à protéger une langue minoritaire ou en concurrence. C’est ce qui se passe par exemple au Canada, où l’anglais et le français ont été reconnus pour éviter que l’un ne supplante l’autre.

Quand la langue devient une arme politique

Si l’anglais n’est pas en danger, les raisons d’une telle loi pourraient résider dans des idéologies. « Derrière des apparences anodines se cachent des manœuvres délibérées pour une guerre culturelle » similaire à « l’approche adoptée dans l’Amérique de Trump », a déclaré la députée du Green Party Chlöe Swarbrick, citée par Courrier International. Donald Trump a en effet fait de l’anglais la langue officielle des États-Unis en mars 2025, après 250 ans de flou linguistique. Une façon d’effacer la multitude de langues autochtones présentes sur le territoire mais aussi, selon The Conversation, de supprimer une disposition qui obligeait les agences fédérales à garantir l’accès à leurs informations essentielles dans d’autres langues.

La question de l’officialisation de l’anglais alimente une véritable colère parmi les peuples autochtones néo-zélandais. Les autorités ont demandé aux écoles de réduire l’enseignement du maori et ont favorisé l’anglais pour les nouveaux passeports. En juin 2025, trois députés maoris avaient été suspendus après avoir exécuté un haka au Parlement pour protester contre un projet de loi qu’ils jugeaient discriminant. Winston Peters avait alors moqué les tatouages traditionnels de l’un de ces députés, en affirmant que « celui qui crie là-bas, avec les gribouillis sur le visage […] ne peut pas rester silencieux cinq secondes ». Avec ses tatouages et ses mots, le maori pourrait nécessiter davantage de protection que l’anglais.