Meurtres à l’arbalète, gourou autoritaire et pacte suicidaire: cinq morts au centre d’un fait divers hors norme en Allemagne

InternationalCinq morts, un gourou, des traces médiévales au centre d’un fait divers hors norme.

Tout a commencé samedi dernier, le 11 mai. Ce jour-là, une femme de ménage découvre trois cadavres dans une chambre d’une auberge de Passau, en Bavière, à la frontière autrichienne.

Thorsten W., 53 ans, et Kerstin E., 33 ans, sont allongés sur un lit, sans vie, main dans la main. D’après les résultats de l’autopsie, l’homme et la femme sont morts d’un carreau d’arbalète dans le cœur. D’autres flèches ont été tirées post-mortem sur les deux individus, originaires du land de Rhénanie-Palatinat, abîmant particulièrement le corps de l’homme. Un carreau a notamment perforé son front avant de traverser sa tête. Une troisième victime, Farina C., 30 ans, pourrait avoir commis ces derniers tirs, avant de se donner la mort. Son cadavre a été retrouvé gisant au sol, une flèche dans le cou.

Les policiers ont saisi trois arbalètes dans la chambre d’hôtel et les testaments des deux victimes couchées sur le lit. Il s’agit désormais de vérifier si elles en sont bien les auteurs. « Aucun élément ne montre qu’il ait pu y avoir une dispute entre les personnes présentes » dans la chambre, a indiqué la police bavaroise, qui privilégie la thèse d’un pacte suicidaire entre les personnes. Le trio avait réservé pour trois nuits et payé en espèces. Selon certaines sources, il aurait acheté les arbalètes dans un magasin de sport, en Autriche.

Quarante-huit heures après ces découvertes macabres, deux autres corps inanimés de femmes sont découverts à Wittingen, en Basse-Saxe, à plus de 600 kilomètres de Passau, dans l’appartement de Farina C., l’une des victimes de la chambre d’hôtel, décrite par une voisine dans la Allgemeine Zeitung comme « un peu étrange », « toujours habillée en noir ». Les circonstances de la mort de Gertrud C., 35 ans, une institutrice qui serait la petite amie de Farina C., et Carina U., une boulangère qui habitait les lieux, ne sont pas encore connues mais ne sont pas dues à des tirs d’arbalète.

Passion pour l’alchimie

Les quatre femmes et l’homme décédés étaient des passionnés de l’époque médiévale et de l’alchimie, selon plusieurs sources. Les victimes étaient membres d’une « ligue internationale de tournois de chevaliers et de combats de joute », présente dans 23 pays, et qui organise des combats à travers le monde. L’homme tenait une boutique médiévale, Milites Conductius, à Hachenburg, dans l’ouest de l’Allemagne, et y vendait armes moyenâgeuses, épées et poignards, casques d’armures et de l’hydromel, le « nectar des dieux ».

Thortsen W. organisait également des séances de combat à l’épée, le soir, et s’était fait tatouer sur le bras des symboles des alchimistes, un mouvement ésotérique vivace au Moyen Âge et prétendant à la transmutation des métaux, précise l’AFP.

Un gourou autoritaire

Le journal Bild a dévoilé en milieu de semaine que le quinquagénaire aurait eu trois compagnes en même temps, peut-être trois des quatre femmes décédées. Elles auraient recherché son « aide, parce qu’elles ne s’en sortaient pas dans leur vie », a témoigné une voisine. Thortsen W. se comportait comme un gourou tyrannique vis-à-vis de ces quatre femmes. Il leur imposait ainsi des travaux domestiques, même en extérieur, dès que l’envie le prenait. Il les aurait plusieurs fois traitées publiquement d’ »esclaves ». Selon différents témoignages recueillis par les médias locaux « les enquêteurs soupçonnent qu’ils étaient tous membres d’un genre de groupe sexuel focalisé sur le Moyen Âge ».

Alexander Krüger, le propriétaire d’un bien loué par Thortsen W. a évoqué des « scènes grotesques » et a décrit l’attitude des femmes qui obéissaient sans broncher aux ordres du gourou, « la tête baissée, comme des esclaves ».

Mardi soir, les parents de Carina U., la jeune boulangère, dont le corps a été retrouvé chez Farina C., ont livré leur témoignage sur la chaîne de télévision RTL Allemagne. Ils expliquent que leur fille avait disparu depuis plusieurs années. Elle aurait rencontré Thorsten W. dans un club de sport et se serait ensuite peu à peu éloignée de son entourage jusqu’à couper les ponts avec sa famille. Le jour de ses dix-huit ans, l’homme l’aurait récupérée à la gare puis l’aurait manipulée depuis des années. Un scénario qui correspondrait aux informations révélées par différents journaux.

Ces premiers éléments sur le profil des cinq personnes n’expliquent pas les raisons de ces cinq décès.

La police allemande a expliqué qu’elle avait encore besoin de deux à trois semaines pour obtenir un premier résultat concluant, en raison notamment de la durée des examens biologiques diligentés sur les corps des cinq victimes. En attendant, pas un jour sans que de nouvelles déclarations, de nouveaux détails n’apparaissent sur ces cinq personnes au centre d’un fait divers qui fascine toute l’Allemagne. (Avec AFP)