Merkel reprend la main face aux régions dans la lutte contre le Covid

Cette réforme permettra de passer outre, si nécessaire, les résistances régionales ou locales alors que le système fédéral donne d’importantes prérogatives en matière sanitaire aux Länder.

Loué comme la clé du succès allemand au début de la pandémie, le fédéralisme est maintenant accusé par sa lenteur de complexifier la prise de décision alors que la situation sanitaire est jugée « alarmante » face la troisième vague qui touche le pays.

« L’Allemagne continue à être sous l’emprise de la pandémie, le nombre d’infections continue de grimper, tout comme celui des patients en soins intensifs (…) », a expliqué vendredi à la presse l’une des porte-parole de la chancellerie Ulrike Demmer, pour justifier la démarche.

De ce fait, il a été « convenu de modifier la loi sur la protection contre les infections et de réglementer sur une base fédérale uniforme les restrictions à prendre », a-t-elle expliqué.

L’amendement sera présenté mardi en conseil des ministres.

Frein automatique 

Il ne s’agit pas d’une déclaration de guerre aux Länder, a pris soin de préciser le gouvernement, selon lequel cette reprise en main a été décidée « en étroite concertation » avec les dirigeants régionaux.

Mais depuis plusieurs semaines, le gouvernement et les puissantes régions allemandes renvoient une image de divisions et d’atermoiements dans la gestion de la crise sanitaire.

Angela Merkel défend une ligne de fermeté sur les restrictions. Fin mars, elle avait sévèrement rappelé à l’ordre les dirigeants des Länder accusés de ne pas respecter les restrictions prises en concertation.

Les dissensions s’étaient notamment cristallisées sur la mise en oeuvre, jugée désordonnée, de mesures de freinage lorsque le taux d’incidence dépasse 100 pour 100.000 habitants sur un territoire.

La réforme législative prévoit que ces mesures s’appliqueront désormais de manière automatique et obligatoire sur tout le territoire.

Mais le gouvernement n’a pas encore précisé concrètement quel serait leur contenu.

De nombreux responsables appellent en attendant à un verrouillage renforcé du pays durant plusieurs semaines, incluant écoles fermées, des déplacements réduits au minimum et couvre feux nocturnes.

Les lieux culturels, bars, restaurants, commerces non essentiels et clubs sportifs sont à l’arrêt depuis des mois en Allemagne. Les possibilités de réunions privées sont déjà très réduites. Mais avec beaucoup de viariations localement.

 « Dramatique » 

« Il faut un verrouillage pour briser la vague actuelle », a réclamé vendredi le ministre de la Santé, Jens Spahn, en écho à ce qu’avait déjà réclamé Angela Merkel en début de semaine.

« La situation est très très grave », a abondé Lothar Wieler, directeur de l’institut national de veille sanitaire RKI, soulignant notamment que le nombre de patients hospitalisés âgés de 35 à 49 ans avait « fortement augmenté ».

Même constat du côté des médecins réanimateurs: « la situation est vraiment très dramatique », a prévenu le président de leur association, Gernot Marx.

Avec la recentralisation des décisions, l’Allemagne va mettre entre parenthèses les longues séances de négociations entre la chancelière et les 16 Länder, dont la dernière, fin mars, avait tourné au fiasco.

Le prochain rendez-vous prévu lundi a été annulé.

Dans son bras de fer avec les régions, Angela Merkel n’a pas épargné l’un des candidats potentiels à sa succession au sein de son propre camp conservateur, le chef du parti chrétien-démocrate CDU Armin Laschet.

Ce dernier s’était fait le fait le défenseur du fédéralisme et de l’autonomie des régions.

Son principal concurrent dans la course à la candidature, le dirigeant bavarois Markus Söder, a au contraire appelé au renforcement des prérogatives de l’Etat.

Une réunion des parlementaires de la droite allemande, dimanche, donnera un aperçu du rapport de force entre les deux hommes alors que la CDU doit choisir très prochainement son candidat pour les législatives du 26 septembre.