Manifestations en Iran : Une ONG signale un « massacre »
Des Iraniens ont de nouveau manifesté contre le pouvoir dans la nuit, une ONG s’inquiétant ce dimanche d’un « massacre » des forces de l’ordre pour mettre fin à une contestation inédite depuis trois ans. Au moins 192 manifestants ont été tués en deux semaines de mouvement de contestation en Iran, a annoncé ce dimanche une organisation de défense des droits humains.
Des Iraniens ont de nouveau manifesté contre le gouvernement durant la nuit, une ONG exprimant ce dimanche son inquiétude concernant un possible « massacre » par les forces de l’ordre pour mettre un terme à une contestation inédite depuis trois ans.
Le mouvement, qui a débuté à Téhéran le 28 décembre par des commerçants en réponse à la montée des prix et à la dévaluation de la monnaie, s’est étendu à de nombreuses autres villes et s’est intensifié ces derniers jours.
Des ONG ont rapporté des dizaines de morts depuis le début de cette mobilisation, alors que la République islamique fait face à l’un de ses plus grands défis depuis sa fondation en 1979.
**Une coupure d’Internet depuis plus de 60 heures**
Face à un Iran « aspirant à la liberté », le président américain Donald Trump a répété samedi que les États-Unis étaient « prêts à aider ». En cas de frappes américaines, l’Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des États-Unis, a averti dimanche le président du Parlement.
Sur le terrain, la mobilisation reste forte. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, incluant la capitale Téhéran et Machhad, à l’est du pays.
Ces images sont probablement diffusées par des moyens satellitaires, alors qu’une coupure d’Internet, en cours depuis plus de 60 heures, rend presque impossible toute communication avec l’extérieur.
« Cette mesure de censure constitue une menace directe pour la sécurité et le bien-être des Iraniens », a souligné l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks sur son compte X.
**Au moins 192 manifestants tués selon une ONG**
D’autres vidéos, non authentifiées à ce stade par l’AFP, montrent des familles semblant identifier les corps de proches tués lors des manifestations dans une morgue de Téhéran.
L’organisation Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a confirmé la mort de 116 personnes, dont 37 membres des forces de sécurité ou autres responsables, depuis le début du mouvement.
Au moins 192 manifestants ont été tués durant les deux semaines de contestation en Iran, a annoncé ce dimanche une organisation de défense des droits humains, représentant une forte augmentation par rapport au bilan précédent de 51 morts.
« Depuis le début des manifestations, Iran Human Rights a confirmé la mort d’au moins 192 manifestants », a indiqué cette ONG norvégienne, précisant que le bilan pourrait être encore plus élevé, la coupure d’Internet compliquant le décompte.
Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), basé à New York, affirme avoir reçu des « témoignages directs et des rapports crédibles » sur la mort de centaines de manifestants ces derniers jours. « Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines », a averti l’organisation. Elle ajoute que les hôpitaux sont « débordés », que les réserves de sang diminuent et que de nombreux manifestants ont été délibérément visés aux yeux par des tirs.
**La police annonce « d’importantes arrestations »**
Dans des déclarations à la télévision d’État, le ministre de l’Intérieur Eskandar Momeni a affirmé que les actes de « vandalisme » étaient en baisse, mettant en garde « ceux qui mènent les manifestations vers la destruction, le chaos et des actes terroristes ».
Ce dimanche, le chef de la police a annoncé « d’importantes arrestations contre les principaux éléments impliqués dans les émeutes, qui, si Dieu le veut, seront punis après la fin des procédures légales ».
À Téhéran, un journaliste de l’AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne. Le prix de la viande a presque doublé depuis le début de la contestation et de nombreux magasins ont fermé. Les écoles sont fermées et l’enseignement s’effectue désormais à distance ; sans Internet, il est impossible de se connecter. De même, bien que de nombreux Iraniens continuent de se rendre au travail, l’absence de réseau complique toute activité.
Samedi soir, les lignes de téléphonie mobile ont également été interrompues. Selon des habitants de Téhéran, lors de la dernière grande vague de manifestations en 2022-2023, ces lignes restaient opérationnelles et le niveau de perturbation dans la vie quotidienne n’était pas comparable à la situation actuelle.
Très actif sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a appelé à de nouvelles actions plus tard ce dimanche. « N’abandonnez pas les rues. Mon cœur est avec vous. Je sais que je serai bientôt à vos côtés », a-t-il déclaré.

