L’Union européenne dévoile un paquet de mesures pour le « Made in Europe »
Bruxelles a dévoilé des propositions en faveur du « Made in Europe », visant à réindustrialiser le continent et à mieux résister à la concurrence chinoise, après des mois de discussions animées au sein des Vingt-Sept. Le projet de loi, qui devra être approuvé par les Etats membres et le Parlement européen, veut aussi imposer des obligations de retombées locales, notamment en matière d’emploi et de recherche et développement, aux entreprises étrangères qui veulent réaliser certains investissements dans des filières clés en Europe.
Le sujet était sur la table depuis le retour de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis et il bénéficie d’un nouvel éclairage avec la situation au Moyen-Orient. Ce mercredi, Bruxelles a dévoilé des propositions en faveur du « Made in Europe », visant à réindustrialiser le continent et à mieux faire face à la concurrence chinoise, après plusieurs mois de discussions animées entre les Vingt-Sept.
La loi dite d’« accélération industrielle », portée par le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, a pour but de protéger et de décarboner des secteurs stratégiques, comme l’automobile, qui craignent de disparaître sous la concurrence chinoise, tout en jonglant avec la transition écologique et les coûts élevés de l’énergie.
« C’est plus qu’un simple changement de mode opératoire, c’est un changement de doctrine encore impensable il y a seulement quelques mois », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. « Notre objectif est clair : ramener l’industrie à 20 % du PIB européen d’ici 2035, contre 14 % aujourd’hui », a-t-il ajouté.
Cela passera par l’introduction d’une « préférence européenne », une mesure longtemps considérée comme taboue en Europe en raison de son caractère protectionniste.
En pratique, cela implique d’exiger des entreprises de secteurs jugés stratégiques « un nombre ou un pourcentage de composants critiques originaires d’Europe » lorsqu’elles reçoivent des fonds publics, a résumé Stéphane Séjourné.
« L’argent du contribuable doit d’abord bénéficier à la production européenne et aux emplois en Europe, et nous assumons une préférence européenne lorsque l’argent public est en jeu », a expliqué le dirigeant.
Les discussions ont été intenses au sein des 27 sur l’utilité, l’ampleur et la portée géographique de cette mesure, entraînant de multiples reports du texte ces derniers mois. Cependant, l’urgence d’agir a fini par convaincre les plus réticents, l’Allemagne et les pays nordiques, de soutenir cette nouvelle doctrine économique, défendue avec détermination par la France, à condition qu’elle soit strictement ciblée.
L’exécutif européen a donc dû réduire ses ambitions par rapport au projet initial concernant la liste des secteurs concernés.
L’automobile fait partie des secteurs visés, avec des exigences notamment de 70 % de composants locaux ainsi que de batteries fabriquées en Europe pour que les véhicules électriques puissent bénéficier d’aides publiques (comme les primes à l’achat et autres subventions), mais également des technologies d’énergies décarbonées (comme les panneaux solaires, batteries, et pompes à chaleur, ainsi que le nucléaire).
Les secteurs lourds sont également concernés. Le BTP et les constructeurs automobiles recevant des fonds publics devront ainsi se fournir en ciment et en aluminium « Made in EU ». Toutefois, à la grande déception des sidérurgistes, ils ne seront pas tenus d’utiliser de l’acier européen (la loi imposant seulement qu’il soit « bas carbone »).
Le secteur de la chimie devra patienter, Bruxelles s’engageant à l’intégrer plus tard.
Sur l’insistance de Berlin et d’autres capitales, la Commission a également accepté que les entreprises produisant dans certains pays partenaires puissent être intégrées dans le dispositif.
L’objectif est d’éviter des représailles commerciales et la déstabilisation des chaînes de production européennes, mais cela pourrait diluer l’efficacité globale de la mesure.
Autrement dit, le « Made in Europe » (ou « Made in EU », terme favorisé par la Commission) pourrait inclure des contenus industriels fabriqués en dehors de l’UE. Une quarantaine de pays, dont des partenaires commerciaux majeurs comme le Royaume-Uni, le Canada ou le Japon, pourraient bénéficier de ce traitement privilégié, mais sous des conditions strictes.
Le projet de loi, qui doit obtenir l’approbation des États membres et du Parlement européen, souhaite également imposer des obligations de retombées locales, notamment en matière d’emploi et de recherche et développement, aux entreprises étrangères souhaitant réaliser certains investissements dans des secteurs clés en Europe.
Sur ce point, la Chine semble clairement visée, sans être explicitement mentionnée, au vu des critères figurant dans la loi.

