L’Otan déclare que l’Europe ne peut pas se défendre sans les États-Unis, mécontentement en France.
Mark Rutte a affirmé lundi devant le Parlement européen à Bruxelles que l’Europe ne peut pas se défendre seule sans l’aide des Etats-Unis. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a répondu que « les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité », et que « même les Etats-Unis en conviennent ».
L’Europe ne peut pas se défendre seule sans l’assistance des États-Unis ; ces deux entités ont besoin l’une de l’autre. C’est en tout cas ce qu’a déclaré, lundi, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, lors d’une intervention au Parlement européen à Bruxelles. « Et si quelqu’un pense encore ici que l’Union européenne, ou l’Europe dans son ensemble, peut se défendre sans les États-Unis, continuez de rêver. Vous ne le pouvez pas. Nous ne le pouvons pas, nous avons besoin les uns des autres », a-t-il affirmé devant les eurodéputés.
Mark Rutte a précisé que si les Européens voulaient réellement établir une nouvelle alliance défensive sans les États-Unis, cela leur coûterait non pas 5 % mais 10 % de leur produit intérieur brut (PIB), en ajoutant la nécessité de développer une capacité de dissuasion nucléaire autonome.
« Cela coûte des milliards et des milliards d’euros. Et dans ce scénario, vous perdriez le garant ultime de notre liberté, à savoir le parapluie nucléaire américain. Donc, bonne chance ! », a-t-il lancé aux parlementaires européens lors d’une session de questions-réponses.
« Non, cher Mark Rutte. Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité », a répondu, lundi soir, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. « Même les États-Unis en conviennent. C’est le pilier européen de l’Otan », a également déclaré le chef de la diplomatie française sur X.
Les 32 pays de l’Otan se sont engagés à consacrer au moins 5 % de leur PIB d’ici 2035 à leurs dépenses de sécurité, dont 3,5 % à des dépenses strictement militaires. Cet effort est déjà considérable pour de nombreux pays qui ont à peine atteint, fin 2025, les 2 % de leur PIB, conformément à un engagement pris dix ans plus tôt.
Le président américain Donald Trump et son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, ont maintes fois prévenu les alliés européens qu’ils devaient désormais compter davantage sur leurs propres forces pour assurer leur sécurité. Depuis, ces derniers cherchent à renforcer le pilier européen au sein de l’Otan, notamment en développant leur propre industrie de défense.
La France est l’un des pays les plus favorables à cette « autonomie stratégique » en Europe. Cependant, d’autres pays, notamment ceux géographiquement proches de la Russie, font preuve de plus de prudence en raison de leur forte dépendance vis-à-vis des systèmes d’armement américains.
Mark Rutte a réitéré devant les eurodéputés avoir souligné, auprès de Donald Trump, le prix payé en Afghanistan par les alliés des États-Unis au sein de l’Otan, après que le président a suscité l’indignation en minimisant leur contribution. « Pour deux soldats américains qui ont payé le prix ultime, un soldat d’un (pays) allié ou d’un pays partenaire, n’est pas rentré chez lui », a-t-il déclaré. « Je sais que l’Amérique apprécie grandement tous ces efforts », a ajouté le secrétaire général de l’Alliance atlantique.

