L’idée d’un chancelier écologiste après Merkel progresse en Allemagne

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Un Vert pour succéder à la chancelière allemande Angela Merkel ? Incongrue il y a quelques mois, la question se pose désormais face à l’ascension du mouvement écologiste aux élections européennes et au déclin des partis traditionnels.

Jamais le parti écologiste n’a été aussi populaire en Allemagne : avec un score de 20,5% aux européennes fin mai, il a pris la deuxième place devant le partenaire de la chancelière au gouvernement, le parti social-démocrate (SPD) en pleine déshérence.

Depuis, plusieurs sondages ont donné « die Grünen » talonnant le parti conservateur (CDU) d’Angela Merkel, et même à deux reprises le dépassant.

Dans une enquête d’opinion réalisée auprès de quelque 2.500 personnes par l’Institut Forsa début juin pour les télévisions RTL/n-tv et rendue publique samedi, ils sont crédités de 27% des intentions de vote, soit trois points devant la CDU.

Un engouement sans précédent pour ce petit parti de seulement 80.000 membres, quand le nombre de ceux des deux grandes formations du pays dépasse les 400.000

Avec le réchauffement climatique plus que jamais au coeur des préoccupations, en grande partie grâce aux jeunes manifestants de « Fridays for future », « les Verts ont quelque chose que les autres partis ont perdu : une image et un positionnement clairs », estime le journal régional Rhein-Zeitung.

« Dream team »

Pour beaucoup, la question aujourd’hui est moins de savoir si un Vert accèdera à la tête du gouvernement de la première économie européenne que de déterminer lequel de ses deux dirigeants – Robert Habeck ou Annalena Baerbock – l’obtiendra.

Ayant des personnalités très différentes, ils sont souvent qualifiés de « dream team ».

Robert Habeck, avec son éternelle barbe de trois jours et son sourire charmeur, dispute depuis des mois à la chancelière la place de responsable politique le plus populaire du pays. Omniprésent dans les talkshows, ce docteur en philosophie de 49 ans a récemment fait la couverture de l’hebdomadaire Stern, qui posait la question : « Notre prochain chancelier ? »

Père de quatre enfants, originaire du nord de l’Allemagne, il est aussi écrivain et a co-écrit des livres avec son épouse, également musicienne.

Le quotidien conservateur Die Welt mise quant à lui sur sa jeune et éloquente collègue Annalena Baerbock, 38 ans, malgré une popularité moindre.

« Si les misères de la CDU et du SPD continuent, les Verts pourraient finir par fournir le prochain chancelier et se décideront pour des raisons féministes en faveur de Mme Baerbock », parie le journal, soulignant aussi ses compétences en économie, domaine qui n’a jamais été considéré comme un point fort des écologistes.

Mère de deux enfants, elle se destinait au journalisme avant d’attraper le virus de la politique après un stage avec les Verts au Parlement européen. Elle est décrite par l’hebdomadaire Der Spiegel comme « la patronne » parmi les deux dirigeants, celle qui a réussi à unir les différentes mouvances au sein du parti écologiste, connu pour ses querelles internes chroniques.

« Habileté politique »

Les Verts peuvent se montrer sereins, alors que les deux grands partis traditionnels cherchent désespérément une parade à l’érosion de leurs voix.

La CDU d’Angela Merkel, qui a réalisé son plus mauvais résultat aux européennes, est sous pression avant des élections régionales dans l’est en septembre et en octobre, dans des bastions du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Et Annegret Kramp-Karrenbauer, la dauphine désignée de Mme Merkel et cheffe des conservateurs depuis décembre, a semé le doute sur sa capacité à la remplacer un jour à la chancellerie après sa réaction maladroite à une rébellion de jeunes Youtubeurs contre le parti conservateur, attaqué sur son bilan climatique.

Quant au SPD, il est complètement déboussolé après la récente démission de sa présidente Andrea Nahles à la suite d’un score désastreux aux européennes.

Les Verts font preuve d' »habileté politique » en refusant pour le moment de désigner un candidat à la chancellerie, car les sondages peuvent s’avérer capricieux et les popularités rapidement s’effondrer, estime l’hebdomadaire Die Zeit.

Le duo n’est pas pressé d’accéder au pouvoir et n’a pas caché sa préférence pour un maintien de l’actuel gouvernement jusqu’en 2021, rappelle Der Spiegel samedi, et ce afin d’avoir « plus de temps avant de passer aux choses sérieuses ».