Les jeunes d’abord : la stratégie de vaccination de l’Indonésie fortement critiquée

Depuis la mise sur le marché du vaccin BioNTech/Pfizer en décembre 2020, de nombreux pays ont mis en place une stratégie de vaccination afin de pouvoir rapidement mettre un frein à la pandémie de coronavirus. L’autorisation de nouveaux vaccins, comme celui d’AstraZeneca, devrait également permettre d’augmenter la cadence et de vacciner un plus grand nombre de personnes.

A l’instar de ce qui est fait dans de nombreux pays, la Belgique a divisé la campagne de vaccination en plusieurs étapes et a choisi de vacciner en priorité les résidents de maisons de repos ainsi que les soignants. Si tout se déroule comme prévu et qu’il n’y a pas de retard dans la livraison des vaccins, il se pourrait que 70% de la population soit vaccinés d’ici la fin de l’été.

En Indonésie, la stratégie de vaccination est très différente : au lieu de vacciner les personnes âgées après les travailleurs de première ligne, ce sont les jeunes travailleurs âgés de 18 à 59 ans qui auront la priorité.

Selon le professeur Amin Soebandrio, qui conseille le gouvernement local sur sa stratégie de vaccination, il est logique de donner la priorité aux travailleurs et à ceux « qui sortent de la maison et partout et qui, la nuit, rentrent chez eux auprès de leur famille ». Interrogé par la BBC Indonésie, il a déclaré que le gouvernement ciblait « ceux qui sont susceptibles de propager le virus ». Le but est, bien sûr, d’atteindre une immunité collective le plus rapidement possible.

Les experts divisés

Pourtant, cette stratégie divise les experts. En novembre déjà, l’Organisation mondiale de la santé recommandait de vacciner « en premier lieu » les plus de 60 ans. L’idée était de « maximiser l’impact des vaccins disponibles en vue de limiter la morbidité grave et la mortalité » dans un premier temps, puis de passer à des catégories d’âge plus jeunes dans un second temps.

L’un des arguments avancés par le gouvernement indonésien est que vacciner la population active permettra de réduire le risque de contaminations au sein du foyer, regroupant souvent plusieurs générations. Malheureusement, il n’existe pas encore de preuve que les vaccins empêchent la transmission du virus. C’est ce que rappelle Dominique Le Guludec, la présidente de la Haute Autorité de santé, à nos confrères de Franceinfo : « On ne sait pas du tout aujourd’hui si le vaccin empêche de transmettre le virus. Donc vous allez les vacciner et si ça se trouve ils seront toujours autant transmetteurs. Donc ça ne sert à rien. Il faut vacciner ceux qui sont la cible, ceux à qui ils peuvent le donner et qui ont un risque de forme sévère ».

Pour Nicholas Thomas, professeur de gestion de la santé à la City University de Hong Kong interviewé à ce sujet par le magazine Fortune, l’économie est probablement un motif de cette stratégie. « La décision de cibler la population en âge de travailler est révélatrice du besoin urgent du gouvernement indonésien de relancer son économie« , a-t-il déclaré. « La pauvreté nationale et l’insécurité alimentaire devraient toutes deux faire un bond à deux chiffres cette année. En remettant le pays au travail plus rapidement, le gouvernement tente d’atténuer ces tendances négatives« .

L’Indonésie est le pays le plus touché par le virus en Asie du Sud-Est avec 836 718 cas confirmés et 24 343 décès. La campagne de vaccination a été lancée ce mercredi. Comme ailleurs, les espoirs de la population reposent sur l’efficacité de la vaccination afin de pouvoir, peu à peu, reprendre une vie normale.