Les frontières internes de l’Union restent ouvertes, mais les voyages sont « fortement déconseillés »

D’une part, les dirigeants des Vingt-sept et la Commission européenne insistent sur le fait qu’il est important de garder ouvertes les frontières intérieures de l’Union pour assurer le bon fonctionnement du marché intérieur. « Les leçons du passé ont été retenues », a assuré le président du Conseil européen, Charles Michel, lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion. Plus question de se retrouver dans la situation chaotique de la première vague, lorsque plusieurs États membres avaient décidé unilatéralement de fermer leurs frontières, ce qui avait gravement perturbé la circulation des marchandises, mais aussi de travailleurs transfrontaliers essentiels – une catastrophe pour un pays tel que le Luxembourg, dont l’économie est très dépendante de ceux qui viennent quotidiennement de Belgique, de France ou d’Allemagne pour travailler au Grand-Duché. D’autre part, a ajouté le même Charles Michel, tout le monde est bien conscient de la gravité de la situation sanitaire, accrue par la propagation de nouveaux variants du Covid-19. Et par conséquent, chacun convient du « caractère indispensables des mesures restrictives qui doivent être maintenues, voire même dans certains cas adaptées ou renforcées ». Pour le dire plus simplement : les États membres sont encouragés à prendre des mesures pour réduire autant que possible la libre circulation des personnes. « Les voyages non essentiels doivent être fortement déconseillés », non seulement d’un État membre à l’autre, mais aussi à l’intérieur des pays de l’UE, a insisté la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Chacun fait ce qu’il estime nécessaire, mais la coordination est souhaitée

Pour identifier les zones à haut risque, la Commission propose d’affiner la cartographie tricolore (rouge, orange, vert) actuellement utilisée par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) pour définir le taux de contamination des régions européennes et d’y ajouter la couleur « rouge foncée » pour identifier « celles où le virus circule très rapidement« , a précisé Ursula von der Leyen. Les personnes en provenance de ces régions pourraient se voir imposer un test avant leur départ, et une quarantaine à l’arrivée, avance l’Allemande. La mesure serait également d’application pour les voyageurs provenant de pays tiers. La Commission peut suggérer, mais au final, « la décision [concernant les mesures à prendre] revient aux États membres, mais c’est mieux d’avoir une coordination », a complété la présidente.

La Belgique plaide pour une interdiction des voyages non essentiels, une idée qui a le soutien de pays comme l’Allemagne, la France, l’Autriche, le Danemark, la Finlande ou les Pays-Bas. La mesure fera l’objet de discussion au niveau belge ce vendredi entre le Premier ministre et les leaders des exécutifs des entités fédérées. Le président français Macron a pour sa part indiqué qu’à partir de dimanche, la France réclamera systématiquement la présentation de la preuve d’un test PCR négatif de moins de 72 heures pour les voyageurs en provenance d’un autre pays de l’UE – les travailleurs frontaliers et les transporteurs terrestres seront exemptés. Les Pays-Bas ont, eux, interdit les vols en provenance du Royaume-Uni, d’Amérique latine et d’Amérique du Sud.

Davantage de séquençage des tests positifs

La coordination de la lutte européenne contre la pandémie va bien au-delà de la question des frontières. Ainsi, les Vingt-sept ont par ailleurs convenu qu’il est nécessaire d’augmenter le pourcentage de séquençage des tests positifs, afin de pouvoir déterminer avec le plus de précision la présence des variants du nouveau coronavirus dans l’UE et leur propagation. Actuellement, seul 1 % des tests positifs font l’objet d’un séquençage dans les États membres (à l’exception de deux pays, qui atteignent les 10 %). La Commission fixe la barre à un minimum de 5 %, au-dessous duquel il est impossible d’y voir clair.

Les chefs ont également appelé à l’accélération du processus de vaccination – la Commission voudrait que 80 % des plus de 80 ans et du personnel soignant soient vaccinés d’ici mars, et 70 % de la population adulte à la fin de l’été. « Les vaccins doivent être distribués en même temps » dans les États membres « au prorata de la population », a insisté Charles Michel, appelant les entreprises pharmaceutiques « à tenir leurs engagements » – le vaccin mis au point par l’américain Pfizer et l’allemand BioNtech accuse des retards de livraison.

Lancée par la Grèce et appuyée par les pays du sud de l’Union, dont l’économie dépend beaucoup du tourisme,’idée d’un certificat de vaccination fait son chemin, mais est encore loin d’aboutir. L’Union travaille à l’élaboration d’une forme standardisée, sur base du carnet de vaccination de l’Organisation mondiale de la santé, mais la discussion sur l’usage de ce certificat, comme passeport par exemple, n’est pas mûre. Beaucoup de questions restent en suspens, a souligné Ursula von der Leyen : On ignore si les personnes vaccinées transmettent encore le virus, par exemple. « Comment assure-t-on le respect des droits de ceux qui n’ont pas eu accès aux vaccins et quelles sont les alternatives pour ceux qui ont des raisons légitimes de ne pas se faire vacciner » a interrogé la présidente de la Commission.

Un problème à régler au niveau mondial

Enfin, dans le cadre de la pandémie, l’UE ne peut pas se préoccuper de son seul cas et témoigner de la solidarité avec les pays les plus pauvres, qui ne disposent pas de la même capacité d’acquérir des doses de vaccins. L’Union a investi 500 millions d’euros dans l’initiative mondiale Covax, qui a précommandé deux milliards de doses, destinées aux pays de la zone Afrique-Caraïbes-Pacifique, d’Asie, d’Amérique du Sud ou encore de l’est du continent européen. « Pour vaincre cette pandémie, nous devons la vaincre en Europe, mais aussi en dehors », a rappelé Charles Michel. Il en va également du positionnement européen sur la scène mondiale, où se joue « la diplomatie des vaccins », à laquelle participent notamment les Russes et les Chinois. Cependant, en raison de la course aux vaccins, et aux ruptures de stocks qui en découlent, Covax ne peut actuellement assurer sa mission de distribution qu’au compte-gouttes. Dans quelques mois, l’UE disposera de plus de doses de vaccins qu’elle n’en aura besoin, assure Mme von der Leyen, qui suggère que l’Union complète l’action de Covax en distribuant des vaccins via un mécanisme propre. « C’est aussi une question d’intérêt propre », justifie la présidente de la Commission. « Plus longtemps le virus circule dans le monde, plus il risque de muter et de menacer notre santé ».