Les filles afghanes pourront retourner dans le secondaire, sous conditions

Mis sous pression par le Qatar, les talibans tentent d’ajuster leur vision radicale de la charia à la réalité d’un pays qui a vécu pendant 20 ans sous influence occidentale : mardi, ils ont annoncé que les jeunes filles afghanes pourraient retourner “aussi vite que possible” dans l’enseignement secondaire et désigné des ministres d’ouverture au sein de leur déjà pléthorique cabinet intérimaire.

Jusqu’ici seuls les garçons avaient pu prendre le chemin des lycées et collèges, faisant craindre aux familles que les jeunes filles seraient désormais exclues de tout enseignement entre l’âge de 12 à 18 ans, c’est-à-dire l’âge où, selon cette version locale de la charia, elles devraient se marier. Beaucoup se demandaient aussi comment ces filles, autorisées à fréquenter le primaire par les talibans, auraient pu accéder à l’université sans passer par le secondaire.

Lors de leur premier règne entre 1996 et 2001, les talibans avaient interdit tout accès des filles et femmes à l’enseignement, les confinant totalement à la maison. Leur chute avait été suivie, surtout dans les villes, d’une floraison d’initiatives visant à libérer les femmes des restrictions et à les amener sur le marché de l’emploi. Partagées entre le poids d’une société très conservatrice et cette fenêtre ouverte sur le monde, elles rêvaient d’accéder à l’université.

Strictement encadré

Lors d’une conférence de presse à Kaboul, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid a indiqué que le retour au secondaire se fera « aussi vite que possible » ajoutant que le gouvernement souhaite offrir un « environnement éducatif sûr » aux filles avant leur retour en classe. Nul ne sait ce que cela veut dire : les tractations au sein du mouvement se font dans le plus grand secret, à l’abri des médias afghans. Mais un émissaire du gouvernement qatari était présent à Kaboul au moment où la conférence de presse avait lieu.
Depuis un mois, les nouveaux maîtres de Kaboul soufflent le chaud et le froid. Tout assouplissement est strictement encadré. La pression sociale est plus forte que les décrets. Les filles sont certes autorisées à aller à l’école, mais elles doivent porter le « hidjab islamique », une séparation avec les garçons a été instaurée et seuls des professeures féminines sont autorisées à leur donner cours à l’université. Cette dernière mesure « représente une barrière à l’éducation car de nombreux cours leur seront interdits« , dénonce Afghanistan Libre, l’ONG franco-afghane spécialisée dans l’éducation des filles.

Un peu de diversité au gouvernement

Par ailleurs, le ministère des Affaires féminines, un acquis durement gagné depuis 2001, a été remplacé par un ministère de la Promotion de la Vertu et de la Prévention du vice. Le nouveau maire de Kaboul a aussi renvoyé chez elles les femmes qui travaillaient dans son administration, réservant les postes en priorité aux hommes.

Aucune femme ne figure dans le gouvernement intérimaire qui a été finalisé mardi par l’addition de 13 nouveaux postes. En revanche, les ex-insurgés ont voulu introduire un peu plus de diversité ethnique. Ils ont nommé Nooruddin Azizi, un homme d’affaires du Panshir rebelle au Commerce, un homme issu de la minorité hazara comme second à la Santé et plusieurs ministres réputés proches de l’Iran. Ces derniers avaient été laissés à l’écart lors de la première vague de nominations.