Les Etats-Unis manquent de lois contre le « terrorisme intérieur », selon le patron de la lutte antiterroriste new-yorkaise

Le patron de la lutte antiterroriste new-yorkaise a estimé jeudi que les Etats-Unis avaient besoin de nouvelles lois face à la menace posée par les extrémistes et « terroristes intérieurs », tels que ceux qui ont mené l’assaut contre le Capitole le 6 janvier. « Nous n’avons pas de lois contre le terrorisme intérieur comparables à ce que nous avons contre le terrorisme international », a déploré John Miller lors d’un point presse.

Jusqu’ici, a-t-il noté, « nous Américains avons été très réticents (…) à interrompre des activités protégées par la Constitution. Mais je crois qu’il faut que nous ré-examinions la question pour les groupes opérant aux Etats-Unis (…) avec l’idée de renverser le gouvernement par la violence. On ne devrait pas avoir à éplucher une liste d’articles de lois pour trouver celui qui correspond à un délit. Il devrait y avoir un texte global couvrant les organisations de terrorisme intérieur ».

« Ceux qui considéraient que ce n’était pas une bonne idée il y a deux semaines devraient probablement y réfléchir à nouveau maintenant », a-t-il ajouté.

Pour lutter contre les menaces d’Al-Qaïda ou du groupe Etat islamique, classés comme « organisation terroriste étrangère », les lois américaines autorisent les forces de l’ordre à poursuivre quiconque leur apporte le moindre soutien matériel.

Un Américain peut ainsi être poursuivi s’il discute sur un forum du groupe Etat islamique, mais pas s’il échange avec un groupuscule néonazi situé aux Etats-Unis, même s’il est en train de se constituer un arsenal.

Des analystes interrogés récemment par l’AFP ont souligné ces derniers jours que les Etats-Unis étaient moins bien armés face à la menace de violences de l’extrême-droite que face aux djihadistes.

Mardi, 70 personnes avaient déjà été inculpées en lien avec les violences du Capitole, et 170 suspects identifiés. Le ministère de la Justice avait indiqué s’attendre à des « centaines » d’inculpations dans les mois à venir.

Les autorités redoutent de nouvelles violences à l’approche de la cérémonie d’investiture de Joe Biden le 20 janvier. Washington est quadrillée par policiers et militaires, et tous les Etats américains ont été appelés à renforcer la sécurité de leur Capitole respectif, où siège leur Parlement local.

Ouverture d’une enquête sur les efforts du Pentagone contre l’extrémisme dans l’armée

Une enquête a été ouverte jeudi sur les efforts du Pentagone pour lutter contre la montée de l’extrémisme au sein des forces armées américaines, alors que des militaires et anciens militaires sont accusés d’avoir participé aux violences du 6 janvier au Congrès. Le bureau de l’Inspecteur général du Pentagone, un organisme indépendant chargé d’enquêter sur cette administration tentaculaire qui gère une population de plus de deux millions de soldats, a indiqué dans un communiqué que cette enquête débuterait avant la fin du mois.

Dans une lettre ouverte également publiée jeudi, 14 sénateurs démocrates ont indiqué avoir demandé à l’Inspecteur général de mener cette enquête, soulignant que « le Pentagone reconnaît l’existence du problème mais a échoué à mettre en oeuvre un plan détaillé pour y répondre ».

Ils citent un sondage informel mené en septembre par la revue spécialisée Military Times, qui avait montré qu’un tiers des militaires d’active avaient « constaté des signes de racisme ou de suprémacisme blanc dans les rangs ». En outre, les deux-tiers des participants citaient les nationalistes blancs comme une « menace notable ».

Le ministère de la Défense a défendu ses mesures de lutte contre l’extrémisme au cours d’une conférence de presse.

Le Pentagone « interdit expressément aux militaires de défendre activement des idéologies ou causes suprémacistes, extrémistes, ou liées à des gangs criminels », a assuré le directeur du renseignement au ministère, Gary Reid. « Tous les militaires, y compris les membres de la Garde Nationale, ont été soumis à une enquête sur leur passé, sont évalués en permanence et sont enrôlés dans un programme de protection contre les menaces internes », a-t-il ajouté.

« Nous savons que certains groupes tentent de recruter nos soldats ou encouragent leurs membres à s’engager »

M. Reid n’a donné aucun chiffre sur le nombre de militaires appartenant à des groupes extrémistes, ni commenté la présence d’au moins une soldate de l’armée de Terre parmi les partisans de Donald Trump ayant participé aux violences de la semaine dernière.

Mais un haut responsable du ministère a reconnu que « la résurgence des activités de suprémacistes blancs et nationalistes blancs depuis 5 à 6 ans » suscite une « profonde inquiétude » au Pentagone. « Nous savons que certains groupes tentent de recruter nos soldats ou encouragent même leurs membres à s’engager dans l’armée pour acquérir des compétences et de l’expérience militaire », a-t-il ajouté.

Il a affirmé que les nouvelles recrues étaient soumises à des enquêtes poussées sur leur passé, y compris auprès de leurs anciens enseignants, de leurs voisins ou de leur employeur.

Mais le Pentagone est accusé de ne pas chercher à mesurer la proportion d’extrémistes dans ses rangs, ni de publier de rapports réguliers sur ses efforts comme il le fait pour la lutte contre les agressions sexuelles.