Les Etats-Unis en ont bientôt fini avec leur plus longue guerre : quel avenir pour l’Afghanistan ?

Les opérations américaines étaient déjà limitées au minimum depuis la signature en février 2020 d’un accord avec les talibans prévoyant leur départ en échange de l’ouverture de négociations de paix entre ceux-ci et le gouvernement, des pourparlers aujourd’hui dans l’impasse.

Lancée en réponse aux attentats du 11 septembre 2001, la guerre d’Afghanistan a coûté la vie à 2.400 soldats américains et 1.150 étrangers, et plus de 1.000 milliards de dollars au contribuable américain qui n’a cessé de la juger plus sévèrement au fil des ans.

Au moins 110.000 civils afghans ont été tués ou blessés rien que sur la période 2009-2020, selon la mission d’assistance des Nations unies dans le pays (Manua).

L’histoire a commencé dans la nuit du 7 octobre 2001: Américains et Britanniques commencent à bombarder les positions des talibans et les sanctuaires d’Al-Qaïda.

Les talibans, qui depuis 1996 imposaient un régime fondamentaliste à l’Afghanistan, avaient donné refuge au groupe jihadiste responsable des attentats et à son chef Oussama Ben Laden.

En quelques semaines, les talibans sont renversés et fuient devant la coalition internationale. Les Américains traquent Ben Laden dans les grottes de Tora Bora (Est), mais il leur échappe.

La victoire des Américains, qui rapidement détournent leur attention de l’Afghanistan avec l’invasion de l’Irak en 2003, est cependant en trompe l’oeil.

En 2019, une enquête du Washington Post démontrera que les responsables américains ont menti tout au long des années sur l’avancement de la guerre, affirmant faire des progrès militaires alors même qu’ils savaient que ce n’était pas vrai.

Les talibans se regroupent dans leurs bastions du Sud, se servant des zones tribales pakistanaises comme de base arrière.

L’âpreté des combats dans ce pays connu comme le « cimetière des empires » surprend les Occidentaux. Leur intervention est de plus en plus mal perçue des Afghans, agacés par la lente reconstruction du pays et les bavures des forces étrangères.

Au plus fort de leur présence, mi-2011, plus de 150.000 soldats étrangers sont en Afghanistan, dont 100.000 Américains. Par la suite, le désengagement sera continu.

Le 31 décembre 2014, l’Otan met fin à sa mission de combat et ne conserve plus que quelques milliers de soldats pour former les troupes afghanes et mener des opérations antiterroristes.

Dès son élection en 2016, Donald Trump s’engage à mettre un terme aux « guerres sans fin de l’Amérique ».

Il concrétise cette promesse avec la signature en 2020 à Doha d’un accord historique avec les talibans prévoyant le retrait de tous les soldats étrangers d’ici le 1er mai 2021.

En avril 2021, son successeur, Joe Biden, confirme le principe du retrait total, tout en repoussant la date-butoir au 11 septembre. Pour lui, la guerre n’a plus de justification depuis la mort de Ben Laden, tué par les Américains en 2011 au Pakistan.

Mais le départ des Américains laisse l’Afghanistan face à un avenir très incertain. Confiants en leur victoire, les talibans se voient déjà de retour au pouvoir pour rétablir un « authentique régime islamique ».

Les scénarios sur l’avenir de l’Afghanistan

Une fois définitivement partis, les Américains maintiendront seulement quelques soldats sur place pour garder leur ambassade.

Le retrait américain mettra-t-il fin à la guerre ?

Si ce retrait, qui doit être achevé d’ici le 11 septembre, mettra un terme à la plus longue guerre qu’ait connue l’Amérique, le conflit se poursuivra sur le sol afghan. Et rien ne laisse augurer d’une fin prochaine.

Les talibans semblent tout miser sur une victoire militaire, qui leur permettrait de renverser le président Ashraf Ghani.

Ils ont récemment pris le contrôle de dizaines de districts supplémentaires, essentiellement en zone rurale, mais l’armée afghane maintient sa mainmise sur les grandes villes.

« Pour le moment, les combats vont s’intensifier et les forces afghanes vont avoir du mal, seules, à faire face militairement », prévoit l’expert en sécurité afghan Bari Arez.

Selon des analyses récentes des services de renseignement américains, les talibans pourraient prendre le contrôle du pays dans les six à 12 mois.

Aussi bien les talibans que le gouvernement affirment quotidiennement infliger de lourdes pertes à l’ennemi, mais leurs assertions sont impossibles à vérifier de manière indépendante.

Toutefois, une campagne d’assassinats ciblés de membres de la société civile afghane a baissé en intensité ces dernières semaines.

L’armée afghane peut-elle maintenir la sécurité ?

Cela reste à voir, alors que la possibilité d’une guerre civile n’est pas à exclure.

L’armée de l’air américaine a été un facteur décisif dans le conflit jusqu’ici en apportant un soutien vital aux forces gouvernementales quand elles risquaient d’être débordées.

Signe possible que l’inquiétude le gagne, le gouvernement a lancé un appel à la mobilisation de milices pour combattre les talibans. Certains analystes craignent que cela n’embrase un peu plus la situation.

« Cette stratégie doit être bien menée, bien orchestrée et bien contrôlée ou bien elle pourrait se révéler contre-productive », prévient un expert sécuritaire étranger, sous couvert d’anonymat.

Avec le retour progressif des anciens chefs de guerre sur le devant de la scène, le risque est grand que le pays sombre dans la guerre civile, de nouvelles factions armées faisant leur apparition pour s’emparer du pouvoir.

Peut-il y avoir un règlement politique ?

Le président Ghani souhaite un cessez-le-feu avec les talibans afin d’organiser des élections débouchant sur un « gouvernement de paix ». Il a rejeté les appels à la formation d’un gouvernement intérimaire non élu comprenant les talibans.

Les États-Unis sont pourtant favorables à ce gouvernement d’union et font pression pour que les talibans et le gouvernement trouvent un accord à Doha, où les négociations ouvertes en septembre sont au point mort.

Même s’ils donnent peu de précisions sur leurs intentions, les talibans entendent rétablir un émirat islamique qui préserve les droits des citoyens en accord avec « les préceptes de l’islam ».

Quatre élections présidentielles se sont tenues en Afghanistan depuis que les talibans ont été renversés en 2001 et des millions d’Afghans ont adopté ce système démocratique et pluraliste, même si les scrutins sont souvent entachés de fraudes.

Avec le retour apparemment imminent des talibans au pouvoir, les observateurs craignent un recul démocratique.

« Pour l’instant, les talibans semblent convaincus qu’ils peuvent prendre le pouvoir par la force », constate l’analyste politique Ramish Salehi.

« C’est un combat qui déterminera (…) si la démocratie l’emporte sur les forces idéologiques », avertit-il.

Quel sort pour les Afghanes ?

La crainte est forte que les femmes perdent les droits conquis de haute lutte depuis le début du siècle.

Quand ils étaient au pouvoir, les talibans interdisaient aux femmes de travailler et lapidaient celles qui étaient accusées de crimes comme l’adultère.

Après leur chute, de nombreuses Afghanes sont entrées en politique ou sont devenues journalistes, militantes ou juges.

Les talibans assurent qu’ils respecteront les droits des femmes en conformité avec la loi islamique, mais les défenseurs des droits humains remarquent que celle-ci est interprétée de multiples manières dans le monde musulman.

« Il y a un sentiment général d’insécurité parmi les femmes qui pensent que les extrémistes vont une nouvelle fois les renfermer dans leurs maisons », constate l’activiste Hosay Andar.

« Mais elles n’abandonneront pas cette fois-ci (…) Il y aura de la résistance », prédit-elle.

Quelles sont les perspectives économiques ?

L’Afghanistan est un des pays les plus pauvres au monde. Il est profondément endetté et dépendant de l’aide extérieure.

S’il dispose de larges réserves minérales dans lesquelles ses voisins comme la Chine ou l’Inde aimeraient puiser, la situation sécuritaire n’a jamais permis de développer suffisamment l’activité minière.

Une bonne part de la richesse nationale provient du trafic de drogue et notamment de l’héroïne dont l’Afghanistan est de loin le premier producteur mondial.

En novembre, les donateurs internationaux se sont engagés jusqu’en 2024, mais l’Afghanistan craint qu’ils ne profitent du départ des forces étrangères pour revenir sur leurs promesses.

« L’économie est déjà en forte chute (…) et le taux de chômage, déjà catastrophique, va exploser », craint M. Salehi.