Les ennuis s’accumulent pour Jair Bolsonaro

Selon le quotidien Folha de S. Paulo, ce document très compromettant a été retrouvé lors de perquisitions de la police fédérale au domicile d’Anderson Torres, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt d’un juge de la Cour suprême pour « collusion » présumée dans l’assaut de bolsonaristes contre les lieux de pouvoir à Brasilia dimanche.

Le texte de trois pages, dont le contenu a été publié par le journal vendredi, prévoit que le gouvernement fédéral prenne le contrôle du Tribunal supérieur électoral (TSE), qui veille à la bonne marche du scrutin, « pour assurer la préservation et le rétablissement de la transparence, et approuver la régularité du processus électoral de la présidentielle de 2022″.

Perspective de coup d’État

Une mesure considérée anticonstitutionnelle par de nombreux juristes. Dans la pratique, cela signifie que l’intention aurait été d’annuler l’élection de Lula. Selon Folha de S. Paulo, qui a révélé le scandale, ce brouillon pourrait être le premier élément de preuve irréfutable que l’entourage de Jair Bolsonaro préparait un coup d’État en cas de défaite. Le décret présidentiel – qui n’a jamais vu le jour – prévoyait la création d’une « commission de régulation électorale » pour remplacer le TSE, avec à sa tête une majorité de membres issus du ministère de la Défense (8 sur 17). Le document n’est pas daté, mais le nom de Jair Bolsonaro se trouve à la fin, sur un espace prévu pour sa signature.

La police fédérale a dit à l’AFP qu’elle ne pouvait pas commenter une enquête en cours. M. Torres, qui se trouve aux États-Unis, a déclaré sur Twitter que ce brouillon se trouvait « probablement dans une pile de documents censée être détruite en temps voulu » et que son contenu a fuité et est « hors de son contexte ». Il était déjà sur le sol américain quand plusieurs milliers de bolsonaristes ont envahi et saccagé le Palais présidentiel, le Congrès et la Cour suprême dans la capitale brésilienne dimanche dernier.

L’ancien ministre occupait depuis le 2 janvier le poste de chef de la sécurité du district fédéral de Brasilia, mais était parti en vacances juste après. M. Torres n’a cessé de clamer son innocence et a promis de rentrer au Brésil pour se rendre aux autorités, sans pour autant indiquer de date précise. Le ministre de la Justice de Lula, Flavio Dino, a déclaré vendredi qu’il allait réclamer son extradition s’il ne se présentait pas aux autorités brésiliennes d’ici lundi.

Dépenses colossales

Parallèlement à cette affaire, les Brésiliens ont aussi découvert, avec la levée du secret sur les dépenses de l’ex-Président, que ce dernier pouvait se montrer très dépensier.

Au total, 27,6 millions de réais (près de cinq millions d’euros au taux de change actuel) ont été dépensés avec cette carte, utilisée par 21 personnes de son équipe. Le site internet d’informations Uol a par exemple relevé que 1,2 million de réais (environ 217 000 euros) avaient été dépensés au cours des 28 jours de vacances de fin d’année officielles de l’ex-chef de l’État en 2019, 2020 et 2021.