L’écologiste Annalena Baerbock devient la première cheffe de la diplomatie allemande

Viser les sommets est une seconde nature pour Annalena Baerbock, ancienne championne de trampoline. Cette écologiste énergique va devenir la première femme à la tête de la diplomatie allemand dans le futur gouvernement appelé à refermer l’ère Merkel.

Le parti des Verts allemands, dont elle est co-présidente, a annoncé jeudi soir sa désignation. Elle prendra ses fonctions début décembre.

Candidate malheureuse des écologistes à la chancellerie lors des récentes législatives, elle est jusqu’ici dénuée d’expérience internationale, à l’exception d’un poste d’assistante parlementaire d’une députée européenne en début de carrière.

Mais cette quadragénaire déterminée, qui fêtera ses 41 ans à la mi-décembre, a promis durant la campagne d’insuffler un vent nouveau à la diplomatie allemande, notamment en adoptant un ton plus ferme vis-à-vis de la Russie et de la Chine.

L’Union européenne a besoin d' »une politique étrangère allemande forte, ouverte mais active », avait plaidé Annalena Baerbock en mai devant le thinktank Atlantic Council. « Il ne s’agit pas pour l’Allemagne de dire aux autres ce qu’ils doivent faire mais si nous nous comportons très passivement, c’est difficile pour les autres ».

Opposée au gazoduc Nordstream 2, qui doit permettre d’acheminer du gaz russe en Europe, cette juriste spécialiste de droit international estime qu' »une autre approche vis-à-vis des régimes autoritaires » est « une question clef » pour le futur gouvernement, « pour notre sécurité et pour nos valeurs ».

« Dialogue et fermeté »

Vis-à-vis de la Chine, elle prône « le dialogue et la fermeté » en particulier en ce qui concerne les violations des droits humains des Ouïghours au Xinjiang.

Diplômée de la prestigieuse London School of Economics, Annalena Baerbock est réputée pour sa connaissance pointue des dossiers, notamment la sortie du charbon dans sa circonscription du Brandebourg, la région qui entoure Berlin.

Elle a également fait montre de détermination en s’imposant au printemps face à son charismatique et populaire partenaire à la tête des Verts, Robert Habeck, pour porter les espoirs écologistes aux législatives.

Un temps, les sondages lui permettent de rêver de devenir la première chancelière verte de l’Histoire.

Las. Elle rate sa campagne et finira par dégringoler dans les intentions de vote. Elle admettra des « erreurs » au soir du scrutin où les Verts n’arrivent qu’en troisième position.

Dévastatrice polémique

Primes défiscalisées non déclarées au Bundestag, curriculum vitae légèrement « gonflé » avant une dévastatrice polémique autour de passages plagiés d’un livre programmatique : elle a vu son capital confiance fondre au fil des mois.

Le CV n’évoque aucune expérience ministérielle, même au niveau régional, faisant dire aux sceptiques qu’elle n’est pas rompue aux arcanes de la négociation, indispensable dans une coalition gouvernementale.

L’ancien ministre des Affaires étrangères (1998-2005), Joschka Fischer, figure tutélaire des Verts, l’a concédé: « pour moi, elle est quasiment sortie de nulle part ».

Pour tenter de cerner Annalena Baerbock, il faut se rendre… sur un trampoline.

Cette ancienne sportive de haut niveau fut triple médaille de bronze aux championnats d’Allemagne de la discipline. Également footballeuse, l’écologiste qui milite pour « une prospérité respectueuse du climat » y voit des similitudes avec la politique.

Dans ces deux domaines, « il faut être vraiment courageuse », juge-t-elle dans un documentaire de la chaîne publique NDR. « A chaque nouvelle figure qu’on apprend, on ne sait pas si on va atterrir sur la tête ou les pieds ».

Après avoir déserté les gymnases en raison de blessures chroniques, cette mère de deux fillettes, qui a grandi dans une ferme de Basse-Saxe, envisage d’abord une carrière dans le journalisme. Mais sa trajectoire bifurque après un stage auprès d’une députée européenne.

Elle prend sa carte du parti en 2005, l’année où les écologistes, partenaires gouvernementaux minoritaires des sociaux-démocrates, quittent le pouvoir.

La jeune femme, qui décline une panoplie de blousons de cuir de différentes couleurs, est depuis près de huit ans députée, élue dans une circonscription proche de Berlin.