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Le Royaume-Uni va rétroceder l’archipel des Chagos à l’île Maurice, Trump mécontent.

L’archipel des Chagos est un ensemble de 55 îles, situé dans l’océan Indien, entre les Seychelles et les Maldives. En mai 2025, un accord est trouvé entre le Royaume-Uni et l’île Maurice pour la restitution des îles, avec un versement de 136 millions de dollars par an pour la location de Diego Garcia pendant 99 ans.


C’est un archipel composé de 55 îles, perdu dans l’océan Indien, entre les Seychelles et les Maldives. L’archipel des Chagos se retrouve désormais au centre de la géopolitique après que Donald Trump a qualifié de « grande stupidité » l’accord signé par le Royaume-Uni en mai 2025 pour rétrocéder ces îles à l’île Maurice.

Le président américain et son administration avaient pourtant salué à l’époque cette décision qui venait régler un contentieux de plus de soixante ans. Mais qu’est-ce que cet archipel ?

Les Chagos sont découvertes au XVIe siècle par les Portugais, puis colonisées par la France au XVIIIe siècle. Des esclaves africains y sont déplacés de force pour cultiver la noix de coco et le coprah. En 1814, l’archipel est cédé au Royaume-Uni qui le rattache à sa colonie de Maurice. Après l’abolition de l’esclavage, des travailleurs indiens arrivent dans l’archipel et se mêlent aux premiers habitants. Seules trois îles sont habitées : l’île principale Diego Garcia, Salomon et Peros Banhos.

En 1965, le Royaume-Uni achète formellement les Chagos aux institutions semi-autonomes de Maurice pour trois millions de livres. Trois ans plus tard, lorsque l’île Maurice devient indépendante, l’archipel demeure néanmoins sous contrôle britannique.

En 1966, le Royaume-Uni signe un bail de cinquante ans avec les États-Unis leur permettant d’utiliser l’île Diego Garcia, située aux Chagos, à des fins militaires. Une base militaire y est installée, revêtant une importance considérable pour les deux pays, notamment durant la Guerre froide. Elle est agrandie en 1979, après la révolution iranienne, pour accueillir des navires de guerre et des bombardiers lourds.

La base militaire Diego Garcia a ensuite joué un rôle majeur dans les guerres menées par Washington en Irak, dans les bombardements en Afghanistan et au Yémen. En 2016, l’accord permettant aux États-Unis d’utiliser la base est prolongé jusqu’en 2036.

Ce rachat et l’installation de la base militaire ont contraint des centaines de résidents locaux à être expulsés. Entre 1968 et 1973, 2 000 Chagossiens, décrits dans un câble britannique de l’époque comme « quelques Tarzans et Vendredi », sont ainsi déplacés. Un exil traumatisant réalisé dans des conditions inhumaines et sur fond de racisme, selon les témoignages. Les chiens des insulaires auraient été gazés et la nourriture restreinte pour les forcer au départ, tandis que les Chagossiens auraient été chargés à bord de cargos pour un voyage de cinq jours dans la cale, rapporte l’anthropologue américain David Vine dans le HuffPost. Une fois déplacés, ils ont été laissés sans solutions, demeurant dans une situation de « misère extrême ».

Les Chagossiens et leurs descendants sont aujourd’hui près de 10 000, répartis à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni. En 2023, l’ONG Human Rights Watch accuse le Royaume-Uni et les États-Unis de s’être rendus coupables de crimes contre l’humanité en déplaçant les populations autochtones. Des accusations rejetées par Londres.

Le sort de l’archipel des Chagos a rapidement provoqué des décennies de bataille judiciaire entre les Chagossiens expulsés et les autorités britanniques. La première action a été lancée dès 1975 et a abouti en 1982 au paiement de 4 millions de livres par le Royaume-Uni et à l’octroi de terres sur l’île Maurice d’une valeur d’un million de livres.

En 2007, une cour d’appel britannique autorise les Chagossiens à rentrer chez eux, mais la décision est annulée par la Chambre des Lords l’année suivante. En novembre 2016, Londres confirme s’opposer à la réinstallation des Chagossiens, « pour des raisons de faisabilité, d’intérêt en matière de défense et de sécurité, et de coût pour les contribuables britanniques ».

L’île Maurice a également des revendications, estimant que le processus de décolonisation du Royaume-Uni a violé le droit international. Le pays revendique sa souveraineté sur l’archipel des Chagos et le droit d’y réinstaller ses anciens habitants. En février 2019, la Cour internationale de justice (CIJ) demande au Royaume-Uni de mettre fin à son administration, dans un avis consultatif rejeté par Londres, qui affirme que la base de Diego Garcia permet de défendre le monde contre les menaces « terroristes ».

Port-Louis se tourne finalement vers l’ONU, où une résolution, non contraignante mais à forte valeur politique, est votée en 2019 par l’Assemblée générale, donnant au Royaume-Uni six mois pour rétrocéder l’archipel à Maurice. Un délai qui ne sera pas respecté.

En mai 2025, un accord est finalement trouvé entre le Royaume-Uni et l’île Maurice pour la restitution des îles, tout en versant 136 millions de dollars par an pour conserver le bail de location de Diego Garcia pendant 99 ans. Le contrat avait même été salué à l’époque par le secrétaire d’État américain Marco Rubio sur X et critiqué par l’opposition britannique de droite et d’extrême droite.

De son côté, l’ONG Human Rights Watch (HRW) avait déploré un accord qui « ancre les Chagossiens dans l’exil », puisque l’île principale, Diego Garcia, reste inaccessible.