Le réseau régional de l’opposant russe Navalny s’auto-dissout avant d’être déclaré « extrémiste »

Décharné et le crâne rasé, Alexeï Navalny était entendu en visioconférence par un tribunal moscovite pour l’appel de sa condamnation à une amende en mars, dans une affaire de diffamation visant un vétéran de la Seconde guerre mondiale.

« J’ai été emmené au bain hier (…) Il y avait un miroir, je me suis regardé: je ne suis qu’un horrible squelette », a-t-il déclaré à la cour dans un enregistrement audio diffusé par la chaîne TV indépendante Dojd.

« Je n’avais pas pesé aussi peu depuis la quatrième », a-t-il ajouté avant de s’adresser à son épouse Ioulia, présente au tribunal, lui affirmant qu’il avait désormais droit à quelques cuillerées de bouillie d’avoine chaque jour.

Parallèlement, se tenait jeudi une autre audience examinant la demande du parquet pour que le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de l’opposant et ses bureaux régionaux soient déclarés extrémistes.

Si cette demande était acceptée, leurs activités deviendraient interdites et les membres du FBK ou leurs sympathisants seraient menacés de longues peines de prison.

Les débats doivent reprendre le 17 mai mais sans attendre, le directeur du réseau régional de l’opposant a annoncé son auto-dissolution.

« Nous dissolvons officiellement le réseau », a déclaré Leonid Volkov dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, précisant que certains des 37 bureaux régionaux poursuivraient leurs activités de façon indépendante.

Un tribunal de Moscou leur avait déjà interdit cette semaine pratiquement toute activité, comme publier des contenus sur internet, organiser des manifestations et participer aux élections.

Multiplication des affaires 

Fondé en 2011 par l’avocat et militant devenu bête noire du Kremlin, le FBK est connu en Russie pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir en Russie.

La plus retentissante, publiée en janvier quelques jours après le retour en Russie et l’arrestation d’Alexeï Navalny, accusait le président Vladimir Poutine de s’être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle avait contraint M. Poutine à démentir personnellement.

Les bureaux d’Alexeï Navalny à travers le territoire russe diffusent également leurs propres enquêtes, mais organisent surtout les campagnes de « vote intelligent » défendues par l’opposant, consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique.

Cette technique a rencontré un succès relatif lors de récents scrutins locaux, au cours desquels les candidats du pouvoir ont été défaits ou mis en ballotage. Les militants du réseau d’Alexeï Navalny sont eux-mêmes le plus souvent interdits de participer aux élections.

Depuis le retour de l’opposant, les autorités ont intensifié les pressions sur ses partisans. Quasiment tous ses collaborateurs ont été assignés à résidence ou condamnés à de courtes peines de prison et plusieurs ont quitté le pays.

Jeudi, son équipe a affirmé avoir découvert que l’opposant, Léonid Volkov ou le chef du FBK Ivan Jdanov faisaient l’objet de poursuites qu’ils ignoraient jusqu’à présent.

Alexeï Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d’Allemagne, où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d’un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

Début mars, il a été condamné à deux ans et demi de prison pour une ancienne affaire de fraude qualifiée de politique par de nombreuses ONG et les capitales occidentales.

Emprisonné dans une colonie pénitentiaire au nord-est de la capitale russe, il avait entamé une grève de la faim pour dénoncer ses mauvaises conditions de détention. Vendredi, deux jours après des manifestations de soutien conclues par 2.000 arrestations, il avait décidé d’y mettre un terme au bout de trois semaines.