Le pape dénonce une Europe « déchirée par les égoïsmes nationalistes »

Face à l’arrivée de migrants à ses portes, l’Europe « persiste à tergiverser: la communauté européenne, déchirée par les égoïsmes nationalistes, apparaît parfois bloquée et non coordonnée, au lieu d’être un moteur de solidarité », a déclaré le pape lors d’un discours devant les autorités politiques, civiles et diplomatiques au palais présidentiel.

Dernier drame en date, le 24 novembre, 17 hommes, sept femmes, deux adolescents et un enfant ont péri dans le naufrage de leur embarcation en route vers les côtes anglaises, dans des circonstances encore floues. Autorités françaises et britanniques se renvoient notamment la responsabilité, alors que les naufragés avaient contacté les garde-côtes des deux pays pour demander de l’aide.

Samedi, quelques minutes avant le pape, la présidente de la République hellénique Katerina Sakellaropoulou avait évoqué l' »humanité des Grecs et la charge disproportionnée qu’ils ont supportée » dans la gestion de cette crise.

Citant tour à tour le « climat », la « pandémie », le « marché commun » et la « pauvreté généralisée », le pape a répété que la communauté internationale avait besoin d’une « collaboration concrète et active » à travers « un multilatéralisme qui ne soit pas étouffé par des prétentions nationalistes excessives ».

Le souverain pontife s’est également inquiété du « recul de la démocratie, et pas seulement sur le continent européen ». « Dans de nombreuses sociétés, préoccupées par la sécurité et anesthésiées par le consumérisme, la fatigue et le mécontentement conduisent à une sorte de scepticisme démocratique », a-t-il déclaré.

Face aux « ravages de la crise climatique, il s’est aussi dit « triste » de voir « de nombreux oliviers centenaires consumés par des incendies souvent provoqués par des conditions météorologiques défavorables », disant espérer que « les engagements pris dans la lutte contre le changement climatique ne seront pas qu’une façade ».

Le pontife argentin est arrivé samedi en fin de matinée à Athènes pour une visite de deux jours et demi, la première d’un pape dans la capitale grecque depuis 20 ans.

Vendredi à Chypre, il avait déjà fustigé « le mur de la haine » dressé contre les migrants, parmi lesquels 50 seront transférés à Rome dans les prochaines semaines grâce à un accord avec le Vatican. François, qui a fait de cette question un thème central de son pontificat, doit retourner dimanche sur l’île de Lesbos pour rencontrer des migrants, comme il l’avait fait en 2016.