Le nouvel avocat de Tariq Ramadan s’exprime: « Une femme peut trouver dans un récit de victimisation une possibilité d’exposition »

Le nouvel avocat de Tariq Ramadan, mis en examen pour quatre viols qu’il conteste, a dénoncé mercredi à l’AFP le recours « opportuniste » à la notion d' »emprise », destinée selon lui à pallier la faiblesse des accusations, après deux ans et demi d’investigations.

« La notion d’emprise est apparue tardivement dans le dossier et de façon opportuniste pour venir suppléer la fragilisation des accusations portées par les plaignantes », a déclaré à l’AFP Me William Bourdon dans sa première prise de parole, au lendemain de la révélation des conclusions d’une expertise cruciale sur le sujet.

Le psychiatre Daniel Zagury, saisi de cette question par les trois juges d’instruction parisiens, estime que les deux premières accusatrices de M. Ramadan ont, en partie sous « emprise », accepté d’avoir des relations intimes avec l’islamologue mais qu’elles n’ont pas consenti aux actes sexuels d’une « extrême violence » qu’il leur a fait subir, selon les conclusions de son expertise consultées mardi par l’AFP.

Depuis février 2018, l’intellectuel musulman est mis en examen pour « viol » et « viol sur personne vulnérable », pour les faits dénoncés par ces premières plaignantes, Henda Ayari et « Christelle », respectivement en 2012 à Paris et en 2009 à Lyon. Deux nouvelles mises en examen, pour des soupçons de viols sur deux femmes, en 2015 et 2016, ont été prononcée le 14 février.

Ces femmes, et plusieurs autres entendues par les enquêteurs, avaient noué une correspondance érotique avec l’islamologue par voie électronique, avant des rencontres sexuelles d’une « extrême violence », selon leurs récits, convergents. Contraint par les investigations de cesser de nier ces rencontres, l’islamalogue plaide désormais des « relations de domination », rudes mais « consenties ».

« Il n’y a pas plus contestable que la notion d’emprise. Les plus grands psychiatres, les plus grands juristes ont émis des réserves sur cette notion », invoquée désormais « sans prudence ni discernement » par « effet de mode », estime Me Bourdon, désigné comme nouveau conseil de l’islamologue aux côtés de Mes Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi, du barreau de Seine-Saint-Denis, en remplacement de Me Emmanuel Marsigny.

« Les experts n’ont pas à se prononcer ou pas sur le consentement, ce n’est pas de leur mission », rétorque encore l’avocat, « étonné » que l’expert ait répondu « de façon aussi catégorique » à une question qui « ne lui était pas posée ».

« Chasse à l’homme » 

« Je suis totalement favorable à la dynamique formidable, mondiale, de #MeToo », une « bascule formidable pour mettre à bas des logiques patriarcales », mais « les grandes causes citoyennes amènent parfois des effets d’aubaine, des instrumentalisations », ajoute-t-il, mettant en garde contre le risque de passer du « déni » de la parole d’une femme à celui de « son hyper-sacralisation ».

Pour l’avocat, « une femme peut trouver dans un récit de victimisation, un refuge, voire une possibilité d’exposition » ou « une possibilité de se mettre à l’écart d’une scène qu’elle a pu ressentir comme une scène d’humiliation ». Mais « une scène d’humiliation ne veut pas dire qu’il y a eu viol ou absence de consentement ».

Tariq Ramadan est-il victime d’un racisme antimusulman, comme il l’avance dans son dernier livre ? Dans l’ouvrage, il dresse aussi un parallèle controversé entre son cas et l’affaire Dreyfus, retentissant scandale de la IIIe République mêlant erreur judiciaire et antisémitisme.

« Ces mots, qui sont ceux de Tariq Ramadan, ne seront pas les miens », prévient Me Bourdon. « Je n’ai aucune raison de penser qu’il a fait l’objet d’un traitement judiciaire délibérément à charge ».

Toutefois, « personne ne peut contester que si les mêmes faits étaient reprochés aujourd’hui à un grand acteur de cinéma ou un grand politique, jamais il n’aurait subi le traitement médiatique hors norme qu’a subi Tariq Ramadan », dont la chute a aussi servi ceux qui voulaient instrumentaliser ses « turpitudes » pour tenter une « démonstration du caractère hypocrite de l’Islam ».

« On a le droit d’être choqué par, a minima, le double langage pendant une certaine période et la double vie » de M. Ramadan, éloignée de l’enseignement religieux qui l’a rendu célèbre. « Mais il y a une dimension de chasse à l’homme dans ce dossier qui est insupportable », ajoute l’avocat.

« Il existe une convergence d’éléments à décharge puissants dans ce dossier, parfois documentés, parfois encore non-documentés, qui me font penser que nous établirons un jour (…) l’innocence de Tariq Ramadan », conclut-il.