Le maire de la ville ukrainienne de Melitopol raconte son enlèvement par les Russes: « J’entendais des cris de torturés dans des cellules à côté »

« J’étais dans un centre de crise à Melitopol, des soldats russes sont venus, ils m’ont dit qu’ils m’arrêtaient au prétexte que je finançais un parti radical ukrainien, dont je ne connaissais même pas l’existence », a déclaré Ivan Fedorov sur la chaîne de télévision BFMTV.

« Des cris de torturés »

« Ils m’ont emmené en prison, dans une cellule où j’ai passé plusieurs heures sans aucun moyen de communication. Je ne pouvais même pas appeler mes parents. J’entendais des cris de torturés dans des cellules à côté », a-t-il poursuivi.

Après l’enlèvement d’Ivan Fedorov le 11 mars, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait appelé son homologue français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz à aider à le faire libérer. M. Fedorov a été libéré quelques jours plus tard: la présidence ukrainienne a diffusé, le 16 mars, une vidéo montrant Volodymyr Zelensky en train de lui parler au téléphone. Puis, le 21 mars, Tatiana Moskalkova, déléguée aux droits humains auprès du Kremlin, avait évoqué son échange contre neuf prisonniers russes.

« Les soldats russes m’ont enlevé pour montrer à mes collègues ce qu’ils peuvent faire à ceux qui refusent de collaborer avec la Russie », a déclaré le maire aux journalistes, en anglais, après avoir rencontré le président du Sénat Gérard Larcher. M. Fedorov a affirmé avoir appris jeudi, alors qu’il était à Paris, que des soldats russes se rendaient au domicile des enseignants de Melitopol pour les forcer à adopter les programmes scolaires russes. « Ils veulent imposer de nouveaux programmes aux écoles dès le 1er avril », a-t-il affirmé. « Nous espérons que cela n’arrivera pas. C’est dangereux pour les enfants de retourner à l’école alors que Melitopol est bombardée tous les jours ».

La propagande russe

Il a appelé les Français à se méfier de la propagande russe. « La propagande russe marche très bien et les citoyens de l’UE ne comprennent pas ce qui se passe. Ils pensent que la guerre est très loin (…) Les citoyens doivent comprendre une chose: si vous n’êtes pas unis pour nous aider à gagner cette guerre, la guerre arrivera dans l’Union européenne. »

Interrogé pour savoir ce qu’il pensait des promesses russes de se retirer des abords de Kiev et de Tcherniguiv (nord), le maire a répondu: « Je n’y crois pas ». « Ce n’est pas Poutine qui décide, ce sont nos soldats qui le rendent possible ».

Après les négociations russo-ukrainiennes à Istanbul mardi, les Russes « ont bombardé nos bâtiments, ils tirent sur nos femmes et nos enfants », a ajouté le maire, qui sera reçu vendredi à l’Elysée.

Jeudi, la délégation ukrainienne composée d’Ivan Fedorov et de quatre députées ukrainiennes – Maria Mezentseva, Olena Khomenko du parti de Zelensky, Aliona Chkroum (parti d’opposition Batkivchtchina) et Lessia Vassylenko (parti d’opposition Voix) a été reçue dans les salons de la présidence du Sénat par Gérard Larcher, accompagné de membres du groupe d’amitié France-Ukraine, dont sa présidente Nadia Sollogoub. Le président du Sénat leur a réservé un accueil « républicain » à l’entrée du Petit Luxembourg.