Le lynchage désormais un crime de haine fédéral aux Etats-Unis

Le président Joe Biden a signé mardi une loi à cet effet, que les deux chambres du Congrès avaient préalablement approuvée. La nouvelle loi prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 30 ans pour les cas de lynchage où la victime est grièvement blessée ou décède. « Pour la première fois dans l’histoire américaine », a tweeté le président américain Joe Biden après la signature du texte.

La vice-présidente Kamala Harris avait auparavant qualifié le lynchage de tache dans l’histoire du pays. Il s’agit d’une forme de violence collective, dont de nombreux résidents noirs du sud des États-Unis sont devenus les victimes.

Les parlementaires américains avaient adopté le 8 mars une proposition de loi pour faire du lynchage –ces exécutions sommaires devenues symboles du passé raciste des Etats-Unis– un crime fédéral. Cela plus d’un siècle après la première des deux cents tentatives qui ont suivi.

Aux côtés de M. Biden lors de la signature à la Maison Blanche se trouvaient sa vice-présidente Kamala Harris, première femme noire à occuper ce poste aux Etats-Unis, et Michelle Duster, descendante de la journaliste et militante noire Ida B. Wells.

« Les lynchages, c’était de la terreur à l’état pur », a dit le président, rappelant les meurtres en public de personnes pour la plupart noires, souvent devant des foules blanches enthousiastes.

« La haine raciale n’est pas un vieux problème. C’est un problème persistant » et qui « ne part jamais, il se cache », a-t-il averti.

Mme Harris a elle aussi prévenu que « les actes de terreur basés sur la race se produis(aient) toujours dans notre pays ».

La proposition de loi porte le nom d’Emmett Till, un adolescent noir torturé et tué en 1955 dans le Mississipi (Sud) et devenu un symbole de la lutte pour les droits civiques. Elle prévoit une peine maximale de 30 ans d’emprisonnement et fait du lynchage un « crime de haine » pour les autorités fédérales, une catégorie d’infractions pénales à part où les victimes ont en commun d’avoir été ciblées en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à un groupe racial ou à une religion, ou encore en raison de leur identité sexuelle ou de leur handicap.

Selon des militants des droits civiques, au moins 4.000 lynchages mortels ont été signalés dans les États du Sud entre 1877 et 1950. Les victimes étaient principalement des Afro-Américains qui ont été pendus, brûlés vifs, abattus ou battus à mort par des blancs. Le nombre réel de lynchages est probablement beaucoup plus élevé.

La nouvelle loi est avant tout une mesure symbolique visant à condamner les atrocités du passé. Toutefois, certains incidents survenus aujourd’hui correspondent à la définition d’un lynchage et seront donc jugés en vertu de la nouvelle loi.