Le Conseil Arctique : forum des grandes puissances au Groenland.
Le Conseil de l’Arctique a été fondé le 19 septembre 1996 par la Déclaration d’Ottawa et se compose de huit États membres, à savoir le Canada, les États-Unis, la Finlande, le Danemark (via le Groenland), la Suède, la Norvège, l’Islande et la Russie. En 2025, c’est le Danemark qui prendra la présidence du Conseil de l’Arctique, ayant fixé cinq priorités pour cette région.

L’Arctique est au centre des tensions géopolitiques, et plus précisément le Groenland. Les remarques et actions des États-Unis concernant ce territoire autonome danois ont considérablement intensifié les tensions internationales. Plusieurs pays européens membres de l’Otan, dont la France et l’Allemagne, ont déployé des troupes au Groenland dans le cadre de l’Operation Arctic Endurance. L’objectif est de réaffirmer la présence européenne et de dissuader toute pression unilatérale ou tentative d’annexion.
Cependant, existe-t-il une instance pour gérer ces tensions, comme l’a mentionné la diplomatie russe jeudi ? Ce fameux « Conseil de l’Arctique » ? Mais qu’est-ce que cet organisme, présenté comme un « modèle de coopération internationale » ? 20 Minutes fait le point.
Qu’est-ce que le Conseil de l’Arctique ?
Le Conseil de l’Arctique a été établi le 19 septembre 1996 par la Déclaration d’Ottawa, rappelle Geoconfluence dans son glossaire. « C’est la principale instance intergouvernementale qui favorise la coopération, la coordination et l’interaction entre les États arctiques, les peuples autochtones de l’Arctique et les autres habitants de l’Arctique sur des questions arctiques communes, notamment celles relatives au développement durable et à la protection de l’environnement dans l’Arctique », précise le Conseil sur son site.
Sa mission principale consiste à combattre la pollution, protéger la biodiversité et surveiller l’état des glaces et des océans, tout en conciliant les activités économiques des territoires avec le respect des populations.
Pourquoi avoir créé cette instance ?
« Sa création a été motivée par la Stratégie de protection de l’environnement arctique (juin 1991), une déclaration sur la protection de l’environnement dans l’Arctique », explique le site de l’organisme. Avant sa mise en place officielle, les préoccupations environnementales étaient déjà partagées et aucune structure intergouvernementale réunissant les États et les peuples autochtones n’existait.
Le Conseil a donc été créé pour donner une place officielle aux peuples autochtones dans les décisions relatives à leur région, sur la base de la conviction que des enjeux tels que le climat ne pouvaient pas être gérés par un seul État. Comme l’indique le site, c’est un « forum de coopération » et non une organisation internationale disposant de véritables pouvoirs, à l’instar de l’ONU.
Qui fait partie du Conseil de l’Arctique ?
Les huit États membres sont ceux qui possèdent des territoires arctiques : le Canada, les États-Unis, la Finlande, le Danemark (via le Groenland), la Suède, la Norvège, l’Islande et la Russie.
En outre, six organisations représentent les peuples autochtones de l’Arctique : l’Association Internationale des Aléoutes, le Conseil arctique des Athabaskans, le Conseil International des Gwich’in, le Conseil circumpolaire inuit, l’Association russe des populations autochtones du Nord (RAIPON) et le Conseil des Samis, précise Géoconfluence.
Des pays non arctiques peuvent aussi occuper le statut d’observateur, pouvant assister aux débats sans droit de vote.
Comment ça fonctionne ?
Le Conseil de l’Arctique se compose de groupes de travail, chacun spécialisé dans un sujet particulier, tel que l’Amap (Arctic Monitoring and Assessment Programme), dont le siège est à Oslo et qui évalue la pollution et les atteintes à l’environnement.
Cependant, le Conseil n’a aucun pouvoir coercitif, il ne vote pas de lois et n’impose pas de sanctions. Il émet uniquement des recommandations dont l’application repose sur la volonté des États concernés, rappelle l’Observatoire arctique. Les décisions sont prises par consensus entre tous les membres. La présidence est tournante. Desde 2013, chaque État membre a exercé la présidence du Conseil de l’Arctique pendant deux ans, et un nouveau cycle a été lancé.
En 2025, le Danemark a pris la présidence du Conseil. Il a défini cinq priorités pour cette région qui se réchauffe quatre fois plus vite que le reste de la planète : les peuples et les communautés autochtones de l’Arctique, le développement économique durable et la transition énergétique, l’océan, le changement climatique dans l’Arctique et la biodiversité, rappelle France Info.
Pourquoi en parler aujourd’hui ?
Au sein de ce Conseil, il n’est pas question d’armées ou de défense. L’objectif, depuis sa création en 1996, a été de maintenir l’Arctique comme une zone de coopération pacifique. Toutefois, depuis 2014, cet équilibre est rompu en raison de l’annexion de la Crimée par la Russie.
Ensuite, en 2022-2023, l’activité diplomatique a fortement ralenti après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, plusieurs membres ayant boycotté le Conseil, rappelle Geoconfluence. Les réunions de travail scientifiques, également suspendues en 2022, ont repris en février 2024.
Ce retrait de la Russie a fragilisé ce qui était jusqu’alors considéré comme un « modèle de coopération entre les États », comme l’a souligné TV5Monde il y a deux ans. Le journaliste de ce média souligne qu’il est à noter que parmi les huit États membres, sept font partie de l’Otan, à l’exception de la Russie.
Pourquoi le Groenland est-il au cœur des préoccupations du Conseil ?
Selon l’Institut d’études de géopolitique appliquée, « le Groenland occupe une position géostratégique cruciale au sein de l’Arctique ». Plus des trois quarts de son territoire sont recouverts par la deuxième calotte glaciaire contemporaine après celle de l’Antarctique. Les effets du réchauffement climatique pèsent particulièrement sur le Groenland. Entre 1992 et 2018, il a perdu environ 3.900 milliards de tonnes de glace, une perte qui correspond aux prévisions les plus pessimistes du cinquième rapport du GIEC. Le Conseil Arctique s’engage donc pour la conservation de ce territoire.
Cependant, selon Sébastien Abis, chercheur associé à l’Iris, « au cours de la dernière décennie, aborder le Groenland et l’Arctique se limitait principalement aux changements climatiques » avant qu’il n’y ait une « bascule » vers « la géopolitique qui s’impose ». Il souligne que « le Groenland est un exemple illustratif de territoires autrefois considérés comme à préserver, désormais envisagés comme à défendre ou à conquérir » dans un article publié ce vendredi.
Jeudi, la diplomatie russe a exprimé sa « sérieuse inquiétude » suite à l’annonce de l’envoi de troupes supplémentaires de l’Otan au Groenland. « Au lieu de mener un travail constructif dans le cadre des institutions existantes, en particulier le Conseil de l’Arctique, l’Otan a choisi la voie d’une militarisation accélérée du Nord et renforce sa présence militaire sous le prétexte fictif d’une menace croissante de Moscou et de Pékin », a dénoncé un communiqué de l’ambassade russe à Bruxelles. De son côté, le ministre allemand de la Défense a précisé que « l’Otan n’autorisera pas la Russie ni la Chine à utiliser l’Arctique à des fins militaires ».
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Dans d’autres parties de l’Arctique, la présence militaire russe, en collaboration avec la Chine, a augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. La Russie utilise notamment le passage du nord-est, reliant l’Europe à la Chine, pour faire transiter les pétroliers de sa flotte.

