Le Cambodge reporte la mise en place d’une passerelle internet très controversée

Sa mise en oeuvre, qui devait avoir lieu le 16 février, est « reportée en raison des perturbations causées par la pandémie de Covid-19 », a indiqué à l’AFP So Visothy, secrétaire d’Etat au ministère cambodgien des Télécommunications.

Interrogé pour savoir si une partie du système était déjà opérationnelle, il s’est refusé à tout commentaire.

La « passerelle internet nationale » doit permettre aux autorités de surveiller les contenus et bloquer des sites ou des communications perçus comme contraires à « la sécurité, l’ordre social, la moralité, la culture… », d’après la nouvelle règlementation.

De nombreux observateurs sont montés au créneau craignant que le Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 37 ans, ne musèle encore davantage les voix dissidentes.

Reporters sans frontières a dénoncé « un niveau de contrôle de l’information inédit depuis la dictature des khmers rouges », des experts des droits humains de l’ONU évoquant « un impact dévastateur sur la vie privée ».

A l’instar d’un nombre croissant de pays (Russie, Turquie …), le Cambodge s’inspire du « Grand Pare-feu » mis en place à partir des années 2000 par Pékin, une panoplie d’outils particulièrement sophistiqués pour censurer l’internet chinois.

La loi sur les télécommunications de 2015 donne déjà au gouvernement de Hun Sen de larges pouvoirs en matière de répression numérique, notamment pour obtenir des données privées d’utilisateurs.

Et les autorités ont profité de la pandémie pour accroître la censure en ligne, d’après des experts.

L’année dernière, au moins 39 Cambodgiens ont été arrêtés, emprisonnés ou ont fait l’objet de mandats d’arrêt pour des propos ou des images diffusés sur internet, d’après le Centre cambodgien des droits de l’homme (CCDH).

Les autorités défendent, elles, leur projet de passerelle.

« Le gouvernement respecte le droit des personnes à la vie privée et à la liberté d’expression et protège les données personnelles », a indiqué mardi dans un communiqué un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Un tel outil permettra également de lutter efficacement contre la cybercriminalité, les jeux d’argent illicites et les escroqueries en ligne, selon lui.