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L’Allemagne se penche sur ces collections d’ossements humains

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Personne ne connaît pourtant l’identité des personnes dont les restes humains ont été découverts, par hasard, en 2015, lors de travaux sur une partie du campus de l’Université libre de Berlin. En revanche, la probabilité est grande qu’ils appartiennent à des victimes de recherches pseudoscientifiques menées à l’époque coloniale, en Afrique de l’Est de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1918, ainsi que par les nazis et notamment par le fameux Docteur Josef Mengele à Auschwitz. Le terrain où ces restes ont été retrouvés appartenait en effet à l’Institut d’anthropologie Kaiser Wilhelm qui, jusqu’en 1945, mena des recherches pour légitimer la politique raciale de l’époque. “C’est une cérémonie importante, car elle referme un processus de huit années et permet de donner une visibilité et une patrie de leur dignité aux victimes”, commente Dieter Ziegler, le recteur de l’université.

Le génocide des peuples Héréros et Namas sort de l’ombre

Cette cérémonie intervient dans un contexte de prise de conscience croissante de cette partie méconnue de l’histoire de l’Allemagne, qu’il s’agisse du passé colonial du pays ou de la constitution de ces collections de restes humains à visées “anthropologiques”. Le même jour est sorti en salle le premier film de cinéma sur le génocide des populations Héréros et Namas, mené par les colons allemands en Namibie, de 1904 à 1908. L’homme mesuré raconte, à travers les yeux d’un scientifique allemand, non seulement les massacres mais aussi le pillage de tombes et les expériences menées sur place pour confirmer les thèses racistes. “Je voulais montrer la schizophrénie de la chrétienté à l’époque qui, d’un côté, souhaitait répandre le message de Dieu dans les colonies, mais qui, en même temps, pillait les tombes et refusait aux corps leur dernier repos. C’est un symbole très fort d’injustice”, nous explique le réalisateur Lars Kraume.

Dans la foulée de cette sortie sur les grands écrans, une après-midi discussion, ouverte au grand public, sur cette période de l’histoire, a été organisée par le nouveau musée ethnologique de Berlin, le Humboldt Forum. Un débat symbolique dans une institution qui, lors de sa création dans les années 2010, a été prise à partie pour son absence de débat critique sur l’origine des collections présentées.

Aujourd’hui, il existe un consensus sur la nécessité de faire la lumière sur l’origine de ces collections de restes humains, mais cela n’a pas toujours été le cas”, reconnaît Larissa Förster, de l’Université Humboldt de Berlin, lors de ce forum. “On sait par tradition que les musées souhaitent conserver leurs collections. Par ailleurs, ils ont longtemps oublié ces restes humains dans leurs dépôts, car ils ne les étudiaient plus. La pression de la société civile et les débats sur le génocide des Héréros et Namas en Namibie, avec les demandes de réparations, a débloqué le débat et accéléré le processus”, rappelle-t-elle, tout en avouant ne pas savoir à combien de personnes appartiennent tous ces ossements. “Peut-être quelques milliers”, estime-t-elle.

Le début d’un processus de restitution

Il a en effet fallu attendre 2011, 2014 et 2018, pour que l’Allemagne restitue à la Namibie, son ancienne colonie, les ossements d’environ 82 personnes, conservés depuis plus d’un siècle dans les dépôts universitaires de Berlin, Hanovre ou encore Fribourg, ainsi qu’à l’hôpital de la Charité, détentrice de la plus grande collection de restes humains du pays.

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En 2018, nouveau pas de taille, la classe politique et les musées ont signé un accord de bonne volonté destiné à faire la lumière sur l’origine de ces collections. En 2021, dans leur accord de coalition gouvernementale, sociaux démocrates, écologistes et libéraux ont inscrit noir sur blanc leur volonté de faire avancer la recherche sur la période coloniale et d’accélérer le retour d’œuvres d’art spoliées et d’ossements humains. Il y a quelques mois enfin, la restitution de centaines de crânes dont l’origine géographique a pu être identifiée, a été proposée aux gouvernements rwandais, kényans et tanzaniens. Pour la scientifique Larissa Förster, ce travail de restitution exige de “trouver la forme juste pour accompagner ces personnes souvent anonymes”. Un autre défi de taille.