L’affiche espagnole « L’été est à nous » crée l’émoi au Royaume-Uni

Sur l’affiche, cinq femmes aux corps ne correspondant pas aux standards habituels de beauté profitent de l’été dans le sable. Mais depuis vendredi, trois Britanniques accusent l’illustratrice d’avoir utilisé leur image sans permission. L’Institut des femmes, qui dépend du ministère espagnol de l’Égalité, est à l’origine de la campagne, expliquant sur Twitter que « les corps sont divers, libérés des stéréotypes de genre, et occupent tous les espaces. L’été nous appartient aussi, à nous. Libres, égales et diverses » . L’objectif est de renvoyer au vestiaire les impératifs de minceur et de bikini body, qui dictent ce à quoi un corps de femme doit ressembler pour pouvoir s’exposer sans gêne en maillot de bain.

Les cinq femmes illustrées sur l’affiche assument ainsi leurs poils, bourrelets ou cicatrices résultant d’une mastectomie. Mais si l’intention est louable, elle fait grincer des dents. À commencer par celles de la mannequin britannique Nyome Nicholas-Williams.

« Le ministère espagnol de l’Égalité utilise des photos de mannequin sans leur consentement et emploie Photoshop pour éditer leurs corps » , a dénoncé la Londonienne sur Instagram, alertée par un de ses abonnés sur l’usage de sa photo. « J’ai été très surprise », a-t-elle réagi auprès de la BBC. « Je suis ennuyée parce que s’ils m’avaient demandé mon avis dès le départ, j’aurais pu prendre une décision, et j’aurais probablement accepté. » Pour la trentenaire, il est particulièrement « ironique » que l’Institut des femmes passe outre à son consentement.

La mannequin unijambiste Sian Green-Lord s’est, elle aussi, reconnue sur l’affiche, avec deux jambes toutefois et des poils sous les aisselles. « C’est une chose d’utiliser mon image sans ma permission, c’en est une autre de l’éditer », a-t-elle souligné dans une vidéo postée sur son compte Instagram, ajoutant « trembler de rage » en voyant sa prothèse remplacée par une jambe de chair et d’os.

Enfin, Juliet FitzPatrick, qui a survécu à un cancer du sein, a indiqué dimanche qu’il pourrait s’agir d’elle aussi sur l’affiche. Si la sexagénaire a subi une double mastectomie, le personnage lui ressemblant arbore encore un des deux seins. Pour la photographe à l’origine du cliché de Mme FitzPatrick, Ami Barwell, l’artiste espagnole pourrait avoir assemblé plusieurs corps montrés dans sa galerie en ligne pour créer son dessin. La photographe comme le modèle ont précisé avoir contacté l’illustratrice à l’origine de l’affiche controversée, Arte Mapache.

Cette dernière a présenté ses excuses sur Twitter. « Après la polémique, justifiée, concernant les droits à l’image de cette illustration, j’estime que la meilleure manière de soulager les souffrances provoquées par ma conduite est de répartir à parts égales les bénéfices de ce travail », a commenté l’artiste, précisant que ceux-ci atteignaient 4 490 euros.

«  À aucun moment nous n’avons été informés que les modèles étaient des personnes réelles« , s’est pour sa part défendu l’Institut espagnol sur Twitter. « Nous cherchons une solution avec l’illustratrice et nous allons contacter ces modèles pour résoudre la question. Nous présentons nos excuses pour le mal occasionné. »