L’affaire McKinsey, un grain de sable dans la campagne d’Emmanuel Macron

À proximité immédiate de la présidentielle, le camp Macron s’efforce de déminer l’affaire sur le recours aux cabinets de conseil, en particulier McKinsey, que les adversaires du président-candidat présentent comme le symbole d’une connivence avec les milieux d’affaires. Depuis la révélation le 17 mars par le Sénat de la forte hausse des contrats de l’exécutif avec des consultants privés depuis 2018, la polémique enfle et est devenue un des enjeux majeurs d’une campagne jusqu’ici dominée principalement par la guerre en Ukraine.

Les conclusions de la commission d’enquête, créée en novembre 2021, mettent Emmanuel Macron dans l’embarras : que ce soit pour la gestion de la crise sanitaire, la réforme des aides personnalisées au logement (APL), ou l’organisation de colloques, le recours par l’État aux cabinets de conseil, qui se retrouvent ainsi « au cœur des politiques publiques » parfois clivantes, s’est transformé en un « phénomène tentaculaire« . Cette pratique pèse lourd sur le budget de l’État. En 2021, les dépenses de conseil des ministères ont atteint 893,9 millions d’euros, contre 379,1 millions d’euros en 2018. Ces révélations passent d’autant plus mal auprès de l’opinion publique que le Sénat a accusé les entités françaises du cabinet McKinsey d’optimisation fiscale, de telle sorte qu’elles n’auraient versé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020. Ce à quoi le cabinet a répondu respecter « l’ensemble des règles fiscales et sociales françaises »

La polémique envahit les réseaux sociaux où Emmanuel Macron est accusé d’avoir utilisé l’argent public au détriment du sanitaire ou de favoriser les intérêts privés. Le président-candidat s’est lui-même justifié à deux reprises, sans parvenir à clore le débat. « Quand on veut aller très vite et très fort sur une politique, il faut parfois avoir recours à des prestataires extérieurs à l’État », a-t-il plaidé à Dijon lundi. Et d’ajouter « je ne vais pas, moi, justifier chaque contrat, il faut poser la question au ministre qui l’a passé ».

« Un scandale d’État »

Pour essayer d’éteindre la controverse, le gouvernement a envoyé au front deux ministres, Olivier Dussopt (Budget) et Amélie de Montchalin (Transformation et Fonction publique) pour une conférence de presse mercredi à Bercy. « Nous n’avons rien à cacher », a assuré Amélie de Montchalin. Elle a ajouté que le gouvernement prévoyait de « réduire d’au moins 15 % le recours aux prestations de conseil externe ». « Aucun cabinet de conseil n’a perçu un milliard d’euros » et « aucun cabinet de conseil n’a décidé d’aucune réforme », a assuré M. Dussopt, en dénonçant la « récupération politique ».

À une dizaine de jours du premier tour, tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, se sont emparés de l’affaire. « Emmanuel Macron et ses amis tentent de mettre sous le tapis le McKinseyGate, véritable scandale d’État », tacle Jordan Bardella (RN), alors qu’Éric Zemmour accuse M. Macron « d’avoir renvoyé l’ascenseur » parce que « les gens de McKinsey ont travaillé pour sa campagne électorale » en 2017. L’écologiste Yannick Jadot promet, lui, que, s’il était élu, ce serait « la fin de l’insupportable arrogance » des cabinets de consultants qui, « à coups de centaines de millions d’euros par an, ont pensé, sur commande des gouvernements, la suppression des lits d’hôpitaux, la réduction des APL et autres réformes brutales« .

« Tout le monde utilise les cabinets de conseil », insiste un pilier de la majorité. Pour le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, l’affaire McKinsey est « la preuve de l’immense désarroi des oppositions […] qui montent en épingle des affaires qui n’existent pas ». Reste que l’affaire risque de faire ressurgir l’image du « président des riches » qui a pollué le début du quinquennat. D’autant qu’une enquête du site Off Investigation publiée mardi soir s’interroge sur le patrimoine d’Emmanuel Macron, se basant sur les déclarations d’une « personnalité proche » de la banque Rothschild qui dit sous couvert d’anonymat que ses associés-gérants seraient payés partiellement dans des paradis fiscaux.